La route des Quatre vents
(Auteur : Ladybug )
D'un commun accord, Azog avait pris la tête de la petite troupe. Il était certes le plus sage d'entre eux et ils pouvaient se fier à lui en toutes circonstances.
Au bout de quelques heures de marche sans encombre, le groupe arriva à la route des Quatre vents. Contournant les falaises, ce n'était pas par hasard qu'elle avait été ainsi nommée. Elle menait à la forêt des Ombres, mais aussi au temple d'Eole. Ce dieu n'appréciait guère la venue de visiteurs et envoyait ses quatre souffleurs transmettre sa colère pour les décourager. Nos amis entendaient les vents rugir par rafales dans le long couloir sinueux, et sentaient déjà l'air fouetter vivement leurs visages.
- Avant d'emprunter ce chemin, nous allons faire une pause pour nous reposer et nous restaurer. Dit Azog à ses compagnons. Nous aurons ainsi plus de force pour affronter ces bourrasques.
Après cette courte halte, ils s'engagèrent sur la route. L'après-midi commençait à peine et ils escomptaient pouvoir avancer d'une trentaine de kilomètres avant la fin du jour mais c'était sous-estimer les pouvoirs d'Eole.
La longue barbe de Willard voltigeait en tout sens. Un moment où elle se rabattit une fois de plus sur son visage, il se prit les pieds dans une souche d'arbre et s'étala dans la poussière en jurant.
- M... J'ai la barbe dans les yeux et je ne vois plus rien, c'est insupportable !
- Attends lui dit Eärinya. Je sais comment remédier à ton problème. Elle s'assit près de lui et entreprit de lui tresser la barbe.
- Non mais ça va pas ! Hurla celui-ci en la repoussant vivement.
- C'est ça ou tu risques d'être plus souvent à quatre pattes que debout. A moins que tu ne préfères la couper. Lui dit-elle moqueuse.
Willard hésita puis finit par dire résigné :
- Bon, d'accord !
Se tournant vers les autres qui commençaient à sourire, il ajouta d'un ton sans équivoque :
- Et le premier que je surprend à rire, je lui colle mon poing sur le nez.
Plus avant, après le premier croisement avec un autre chemin, la poussière s'élevait en tourbillons. Les yeux piquaient, la vue se troublait et les gorges brûlaient. Eärynia et Thémis étaient si légères que le vent les faisait tituber sous ses rafales. Pour maintenir leur équilibre, elles se mirent à avancer bras dessus - dessous, offrant ainsi une plus grande résistance. Bargo les précéda pour les protéger de sa large stature, Snake et Willard fermant la marche. Azog guidait sa troupe tant bien que mal.
Plus ils avançaient et plus la fureur d'Eole se déchaînait, faisant plier et gémir les arbres sous des souffles puissants, arrachant des plaintes à la nature tout entière, faisant fuir la faune qui se tapissait affolée dans la végétation environnante, sans jamais relâcher ses attaques... jusqu'à ce que la nuit laisse tomber son rideau de velours noir jusqu'au sol. Il faisait si sombre, qu'il n'était alors plus possible de se diriger sans risquer de prendre une mauvaise direction. Le temps était venu de se reposer.
Un sifflement aigu fit tressaillir les compagnons dans leur sommeil. Ouvrant les yeux, ils virent que le jour se levait. Les souffleurs d'Eole se préparaient à reprendre leurs attaques et il fallait s'attendre à de plus en plus de violence.
- Nous ne pourrons continuer bien longtemps à ce régime ! Dit Bargo. Il faut trouver le moyen d'échapper à ces vents où nous périront bientôt, asphyxiés, étouffés par la poussière ou fracassés sur les flans de la falaise.
- Oui ! Répondit Eärynia. Mais la carte de Lady n'indique pas d'autres routes et...
- Une autre route ! S'exclama Azog. Voilà qui pourrait être la solution. Nous avons passé un croisement hier, donc d'autres chemins existent. L'idéal serait de trouver une route parallèle à celle-ci...
- Et tu crois qu'Eole ne se rendra compte de rien ? Tu rêves ! Lui dit Willard.
- Si bien sûr ! Reprit Azog mais ce ne sera pas la route de son temple et il comprendra alors que notre destination est toute autre.
- Mais oui ! C'est tout à fait logique ! Dit Thémis.
Azog déploya la carte sur le sol. La route des Quatre vents y était nettement indiquée mais, en regardant de plus près, on pouvait aussi distinguer quelques petits lacets qui venaient la croiser. D'autres chemins, sans aucun doute.
- Regardez ! Dit Azog en pointant son doigt sur la carte. A environ deux kilomètres d'ici, nous pourrions bifurquer sur la gauche. On s'éloigne c'est vrai, mais plus loin ce chemin revient vers la route et suit la même direction sans jamais la recouper et nous pourrons ainsi rejoindre la forêt des Ombres sans problème.
- Il est quand même étrange que Lady ne nous ait pas mis en garde contre Eole ! Reprit Thémis songeuse.
- C'est très simple au contraire. Lorsqu'elle s'est rendu dans le royaume des Guerlets, elle était en possession du livre et de la baguette et elle a fait le voyage en utilisant les brèches. Elle ignore donc le danger que représente cette route. Et pour faire le voyage de retour il n'y a aucun risque puisque l'on tourne le dos au temple.
- Tu dois avoir raison !
- Bien sûr que j'ai raison ! Allons ne perdons pas de temps. Nous devons encore affronter la furie des souffleurs pour arriver jusqu'au prochain chemin.
Les six amis se remirent en marche, courbant le dos pour éviter les rafales, se protégeant la bouche de leur main, respirant avec peine. Leur progression fut très lente mais dès qu'ils eurent atteint le croisement et qu'ils se furent engagés sur l'autre chemin, les souffleurs d'Eole cessèrent de s'époumoner. Seule une légère brise venait encore jouer dans leurs cheveux.
Ils marchèrent tout le jour, s'arrêtant à peine pour grignoter. Le soir venu, ils étaient épuisés mais ils voyaient poindre à l'horizon la cime des arbres de la forêt des Ombres. Demain, la première étape du voyage prendrait fin.