La forêt des Ombres

(Auteur :   Ladybug )

 

Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque la troupe atteignit l'orée de la forêt. Le royaume des Guerlets se trouvait juste après, au nord-est. Il est aisé de se perdre dans cette immensité luxuriante mais nos amis savaient comment se repérer. Il leur suffirait d'observer la mousse sur le tronc des arbres pour savoir où était le nord. A peine furent-ils engagés dans le sous-bois, qu'ils en ressentirent la fraîcheur. Seul le bruissement du feuillage brisait le silence presque oppressant qui régnait autour d'eux. S'imprégnant de ce calme, chacun se mit à marcher sans mots dire, perdu dans ses pensées. Ils avaient l'impression de faire une promenade plus que d'accomplir une quête. Pourtant, ils gardaient à l'esprit que la forêt était la demeure des pixies et que ces petites créatures, bien qu'inoffensives, pouvaient leur causer quelques désagréments.

De temps à autre, ils pouvaient d'ailleurs apercevoir de petites ombres furtives qui se déplaçaient sans bruit d'un arbre à un autre avec une rapidité étonnante. De toute évidence ils étaient épiés. Mais ignorant ce détail tout en gardant leur attention en éveil, ils progressaient rapidement leur chemin.

Le soir venu, ils dressèrent le camp dans une clairière. Willard alluma un feu de bois et les deux jeunes filles purent composer un repas digne de ce nom. Prenant quelques saucisses dans la besace de Snake, elles les firent grillées. Accompagnées de châtaignes et de champignons récoltés en route, ce fut un vrai dîner de roi. Il ne manquait que la bière.

Les langues s'étaient à nouveau déliées et chacun racontait à son tour ses souvenirs et anecdotes. Puis rassasiés de vivres et de paroles,  il fut décidé qu'il était grand temps de prendre du repos.

 

Le petit matin les surprit dans des positions fort inconfortables.

Les longues chevelures de Thémis et Eärinya avaient été nouées entre elles et il leur était impossible de bouger sans se maltraiter l'une l'autre. Willard était entravé dans son pourpoint dont les manches avaient été cousues ensemble avec des lianes de liseron . Snake avait la tête vidée de tout souvenirs récents, comme s'il n'avait eu aucune pensées depuis plusieurs jours et l'impression lui était plus que désagréable. Azog avait été dépouillé de son bissac où se trouvait la carte de route. En surplus, tout leurs effets et réserves de vivres avaient été répandus sur le sol. Seul Bargo avait échappé aux espiègleries des pixies. C'est vrai que sa stature en imposait. Les pixies, par prudence, n'avaient sans doute pas osé jouer un mauvais tour au colosse qui aurait pu se réveiller.

Pendant que Bargo aidait Thémis et Eärinya à démêler leurs cheveux, Willard coupait le fil de liseron avec ses dents.

- Si jamais je mets la main sur un de ces petits avortons, je le tue ! Rugit ce dernier.

- Avant je lui ferais manger sa tignasse. Coléra Thémis.

- Mais que mont-il fait ? Gémissait Snake.

- Les pixies sont des voleurs de rêves dont ils se nourrissent, c'est bien connu. Lui répondit Azog. D'ici une ou deux heures ton malaise sera passé.

 

Tandis que chacun se pressait à rassembler les vivres et les objets éparpillés, ils entendirent un éclat de rire. Tous en même temps tournèrent vivement la tête dans cette direction. Près d'un arbre, un nain les regardaient, se tenant les côtes, riant à en pleurer.

- D'où sort-il celui-là ? Questionna Bargo.

- Toi là-bas ! Interpella Willard.  Si tu venais nous aider au lieu de ricaner.

Le nain s'avança vers eux toujours hilare :

- Elle a belle allure votre équipe ! Ha ! Ha ! Ha ! S'esclaffa-t-il tout en s'attelant à la tâche.

- Bon ! Arrêtes un peu de te moquer et dis-nous plutôt qui tu es et ce que tu fais ici ! Lui dit Eärinya avec énervement.

- Je m'appelle Lysandraux et je suis à la recherche d'aventures. Répondit-il entre deux fous-rires.

- Alors, veux-tu te joindre à nous ? Lui demanda Azog.

- Eh ! Pourquoi pas ! Répondit Lysandraux.

- Alors bienvenue dans notre troupe ! Lancèrent les compagnons.

 

Et Azog lui expliqua le but de leur voyage.

Quand ils eurent rassembler toutes leurs affaires, ils avaient perdu plus d'une heure et Azog leur dit :

- Ce n'est pas tout ! Il nous faut retrouver la carte. Bien que nous ayons presque atteint notre but, nous en avons besoin pour le retour. Il va donc falloir être très discrets si nous voulons surprendre ces petits futés.

 

Ils se mirent à inspecter les alentours dans le plus grand silence. Soudain Lysandraux s'arrêta et, pointant son index vers une petite clairière non loin de là, murmura :

- Regardez là-bas !

Un groupe de pixies, assis sur des tronçons d'arbre, buvaient du cidre à la régalade. Leurs petits rires stridents cinglaient l'air comme de petites flèches acérées. Se racontaient-ils leurs mauvaises plaisanteries de la nuit ? A n'en pas douter !

Tout près de nos compagnons, un bruissement se fit alors entendre. Snake, rapide comme l'éclair, se jeta dans le fourré et plaqua au sol un pixie qui s'y trouvait caché. Il devait monter la garde et n'avait pas eu le temps de courir avertir les siens. Snake se releva en maintenant le pixie par son épaisse chevelure rousse. Les yeux phosphorescents de la créature n'exprimait nullement la peur et sa large bouche se dessinait en une moue moqueuse.

- Nous ne te voulons pas de mal ! Lui dit Azog. L'un des tiens m'a volé mon sac. Vous pouvez garder son contenu mais il faut nous rendre la carte. Le Pixie parut réfléchir.

- Et qu'est-ce que tu me donnes en échange ? Ricana-t-il.

- Et que voudrais-tu ? Reprit Azog.

Le pixie scruta chacun des compagnons :

- J'aimerai avoir la barbe de celui-là ! Dit-il en désignant Willard.

- La barbe de Will ? Quelle idée ! Reprit Azog surpris. A quoi pourrait-elle bien te servir ?

- Mais à rembourrer mon oreiller pardi ! Dit le pixie en haussant les épaules.

- Et si je coupais tes petites oreilles pointues et ridicules pour ma collection de trophées ? Lui dit Willard. Pas mal non plus mon idée. Hein ? Qu'en penses-tu ?

Le pixie fronça le nez.

- Regarde, lui dit Thémis, en sortant un petit objet brillant de poche. C'est une pierre précieuse et je te la donne si tu nous rends la carte.

Le pixie regarda la pierre. Taillée en facettes, elle brillait de tout les feux de l'arc-en-ciel. Les yeux du petit être s'allumèrent d'envie.

- D'accord !

Et il tendit la main pour la saisir. Thémis remit la pierre prestement dans sa poche.

- Pas question. Tu vas chercher la carte et je te donne la pierre après.

 

Snake lâcha alors le pixie qui partît en courant vers les siens.

- Vous n'avez pas peur qu'il ameutent les autres ? Demanda Lysandraux.

- Non ! Lui répondit Azog. Il a trop envie de ce caillou.

 

En effet, quelques minutes plus tard, le petit homme à la chevelure rousse était de retour. Il tendit la carte à Azog et Thémis lui donna la pierre en échange. Il prit alors les jambes à son cou et disparut au coeur de la forêt.

- Comment se fait-il que tu avais une pierre précieuse dans ta poche ? Lui demanda Eärinya.

- Ce n'était pas une pierre précieuse. Lui répondit Thémis mais un simple morceau de verre taillé sans aucune valeur. C'est un porte-bonheur que m'a donné une amie mais je ne crois pas à ces choses là.

 

Tous rirent de bon coeur et reprirent leur route vers le royaume des Guerlets. Quelques heures plus tard, ils sortaient de la forêt des ombres. Ils pouvaient admirer les falaises de tuffeau qui s'étendaient à perte de vue. Au détour d'un chemin creux ils apercevait le clocher de l'église de Rochecreuse. Le village troglodyte était tout près.