Le livre
(Auteur : Ladybug )
Après s'être restaurés et reposés, Azog le sage prit la parole :
- Durant ces trois jours de marches, j'ai pensé à votre plan. Combattre les Anges Abyssaux pour obtenir les bonnes grâces du roi des Guerlets étaient une bonne idée mais encore faut-il les vaincre. Et là, ce n'est pas gagné d'avance ! Nous ne sommes que sept, et eux combien sont-ils ?
- Certainement des centaines ! Lui répondit Thémis.
- Et oui ! Reprit le nain-orc. D'autre part, faire couler le sang n'est pas forcément la meilleure solution. Vous connaissez ma position sur ce point. Je sais me défendre si besoin est mais jamais je n'attaque et vous ne pouvez me considérer comme un guerrier de pure souche. De même que Bargo, notre druide, dont le but est de sauver les vies et non de donner la mort. Il n'y a donc que trois guerriers et deux mages pour livrer bataille. C'est très risqué pour nos vies. Alors je vous propose un autre plan. Allons trouver Shaddar, le maire d'Anthénorah. La duchesse le connaît très bien, d'après ce qu'elle m'a confié, et leurs relations sont plutôt amicales. Nous lui exposerons notre problème et peut-être acceptera-il de nous aider.
- Pourquoi pas ! Répliqua Eärinya. On peut toujours essayer.
- Dommage ! Bougonna Willard. Ma hache était si bien affûtée !
L'imposant bâtiment administratif se dressait fièrement au centre de la ville. Dès leur entrée dans le hall de l'édifice, un scribe, consciencieusement occupé à aligner des colonnes de chiffres dans un énorme registre, leva la tête pour leur demander :
- Vous désirez ?
- Nous voudrions rencontrer monsieur le maire. Lui répondit Azog.
- Ah ! Vous avez une lettre d'introduction ?
- Et bien... voyez-vous... c'est que nous l'avons perdue. Mentit en hésitant Bargo.
- Fâcheux ! Très fâcheux ! Reprit le scribe. Dans ce cas, il va falloir inscrire votre demande sur ce formulaire et attendre qu'un messager vous porte une nouvelle lettre.
- C'est impossible ! Lui dit Eärinya. L'affaire est urgente. Mais dites-lui que nous sommes recommandés par la Duchesse Lady.
- Le Maire est très occupé en ce moment mais je veux bien essayer.
Le scribe s'absenta quelques instants, puis réapparut, le sourire aux lèvres.
- Monsieur Shaddar va vous recevoir.
Il les conduisit jusqu'à son bureau. Frappa à la porte.
- Entrez ! Dit une voix ferme.
Et la porte se referma sur nos compagnons. Shaddar se leva pour les saluer.
- Ainsi, vous venez de la part de la Duchesse ?
- En fait ! Lui dit Azog, qui préférait que les choses soient claires, la Duchesse nous a confié une mission. Et, pour la mener à bien, nous devons absolument rencontrer Pridia. Mais son père, le roi des Guerlets, nous a fait jeter hors de Rochecreuse par crainte que sa fille ne court quelques dangers.
- Hum ! Cela ne me surprend pas. Reprit Shaddar. Ce vieux fou est d'une telle méfiance... Ceci dit, il n'a pas tout à fait tort. Sa fille est un bijou de beauté et de savoir. Ses pouvoirs magiques sont immenses et elle est considérée par les guerlets comme une déesse. Les anges Abyssaux ont tenté maintes fois de l'enlever pour les affaiblir. Ils savent pertinemment que Pridia est l'âme de Rochecreuse et que sans elle les guerlets seraient à leur merci. Vous m'avez l'air d'être francs ! Toutefois, je ne tiens pas à mettre le roi Guerlet dans l'embarras. Je connais très bien La Duchesse et il faudrait me donner une preuve de vos dires.
Azog tendit la main vers Shaddar. Le demi-rubis de la bague qu'il portait à son annulaire scintilla.
- Cette bague m'a été confiée par la Duchesse comme sauf-conduit auprès de Pridia. Voyez l'inscription figurant sur l'anneau ! N'est-ce pas une preuve que nous la connaissons bien ?
- "Actis Miral Tempo" Lut Shaddar en écarquillant les yeux. Ma foi, il ne peut effectivement y avoir de meilleur témoignage de votre bonne foi. Mon peuple a maintes fois prêter assistance au roi Guerlet contre ses ennemis. Il ne peut me refuser un service et je vais donc pouvoir vous aider dans votre quête.
Il appela son scribe pour lui dicter une missive sur laquelle il apposa son sceau.
- Voici ! Dit-il en donnant le parchemin à Azog. Cette lettre devrait amplement suffire à vous faire accepter dans le royaume troglodyte.
Nos amis, munis du précieux document, reprirent donc la route vers Rochecreuse. Tout s'arrangeait pour le mieux finalement. Azog avait eu raison : Il était inutile de prendre des risques inutiles.
Trois jours plus tard, ils se trouvaient de nouveau aux portes de la cité des guerlets. Le guetteur de la tour, les reconnaissant, appela aussitôt la garde. Le capitaine des soldats vociféra :
- Eloignez-vous de notre cité ! C'est un conseil que je vous donne, si vous ne voulez terminer pour de bon votre voyage en ce lieu.
- Pas de panique, l'ami ! Lui dit calmement Azog. Nous avons une lettre de recommandation de la part de Shaddar.
Le soldat se radoucit légèrement tout en restant soupçonneux :
- Vraiment ? Donnez-moi ce parchemin. J'irais le porté au roi.
Azog lui remit le document et le groupe attendit patiemment le retour du capitaine sous l'oeil menaçant des soldats qui maintenant les entouraient. Une bonne heure plus tard, le capitaine revînt.
- C'est bon ! Le roi va vous recevoir. Toutefois nous vous accompagnons jusqu'au palais.
Décidément, la méfiance était reine de ce peuple.
Le roi les reçut avec un large sourire :
- Je suis désolé de mettre mépris sur votre compte mais comprenez que je protège mon unique enfant, la lumière de ma vie et de celle de tous les Guerlets.
- C'est tout à votre honneur Majesté. Dirent ensemble Azog et Bargo.
- Bien ! Reprit le roi, je vais vous conduire auprès de ma fille.
Il se dirigea vers le fond de la pièce et, appuyant doucement sur différentes pierres du mur, selon un code, un étroit passage secret s'ouvrit devant eux. Nos compagnons se regardèrent mutuellement, surpris de tant d'ingéniosité chez ce petit peuple.
Après un dédale qui semblait n'en plus finir, traversant de nombreuses pièces, dont les portes ne livraient passage que grâce à d'autres codes ouvrant sur d'autres passages secrets, le groupe fut enfin introduit dans une salle luxueuse.
Pridia fit alors son apparition et chacun resta muet d'admiration devant tant de beauté. Sa petite taille et sa jeunesse, lui donnaient l'apparence d'une extrême fragilité. Pourtant son regard d'un vert d'émeraude en disait long sur la puissance de son esprit. Ses longs cheveux roux encadrant son visage de porcelaine au blanc le pur, descendaient en boucles rebelles jusqu'au creux de ses reins, telle une cascade de feu.
Le roi embrassa sa fille tendrement sur le front et lui glissa quelques mots à l'oreille, puis il s'éclipsa. Après les salutations d'usage, Pridia prit la parole :
- Votre insistance à me rencontrer semble prouver que vous êtes chargés d'une mission de la plus haute importance. Qu'elle est donc le motif de votre quête ?
- Nous venons du duché de Rivellon. Au cours d'une terrible bataille, nous avons perdu notre plus valeureux chevalier. La duchesse Lady a le secret pouvoir de voyager dans le temps. Mais il lui faut réunir les éléments qui permettront d'ouvrir une porte temporelle afin de retrouver le chevalier elfique. Elle vous a confié le livre de coordonnées et nous sommes chargés de le lui rapporté.
- Je vois ! Dit-elle avec un sourire qui fit scintiller ses dents de perle. Dans ce cas, elle vous a confié un objet à me remettre en échange. N'est-ce pas ?
Azog lui montra alors sa main et la bague se mit à briller faiblement. Il voulut le retirer pour la lui donner mais Pridia l'arrêta.
- N"en faite rien ! Je veux m'assurer qu'il ne s'agit pas d'une vulgaire copie.
Elle tenta donc de faire glisser l'anneau mais n'y parvînt pas.
- C'est bon ! Dit-elle, vous pouvez maintenant me l'a donner.
Ce que s'empressa de faire notre sage.
- Une dernière petite précaution m'assurera de votre entière bonne foi.
Elle sortit alors un demi-rubis du plis de sa manche et l'inséra dans la bague. Le rubis, maintenant entier, se mit à briller de mille feux. Pridia prononça ses mots :
- "Actis Miral Tempo" "Lady"
Aussitôt un miroir du temps s'activa. On pouvait y voir la duchesse dans son château. Son visage soucieux et d'une extrême pâleur traduisait une souffrance qui émut la jeune sorcière autant que nos compagnons. Pridia se retourna vers eux et leur dit vivement :
- Je crois que notre chère Lady a besoin de votre présence. Je vais vous donner le livre mais par pitié, retournez au plus vite à ses côtés.
C'est ainsi que nos amis reprirent le chemin vers le château de Rivellon, accélérant leur marche sans tenir compte de leur épuisement. Myriam était déjà sur les lieux qui les attendait avec impatience. Seul le groupe de Deadelus n'était pas encore de retour. Le temps commençait à se faire pressant. La duchesse était très malade et il devenait de plus en plus urgent de retrouver le chevalier elfique.