Dans les limbes

(Auteur :   Ylthanis)

 

Il lui sembla que ce fut une éternité qui s'écoula, à vouloir serrer dans ses bras celle qui était recroquevillée à ses pieds, mais dès qu'il s'approchait d'elle il sentait comme une force qui le repoussait le plus loin possible, comme si au fond d'elle quelque chose semblait s'éteindre pour ne laisser la place qu'à la peur puis petit à petit à la crainte puis à la haine. Cela lui faisait mal et au plus profond de lui-même il sentait quelque chose poindre, quelque chose qu'il était sur d'avoir ressenti auparavant, cet amour qu'il avait eu pour cette femme était en train de se réveiller et c'est ce qui lui faisait mal car il ne pouvait plus se dire qu'il était partagé ! Quelle ironie, c'est quand il se souvient enfin de quelque chose d'heureux qu'il perd la personne qui est à l'origine de ce bonheur. Oh combien il aurait voulu réussir à la défendre, oh combien il aurait aimé réussir à en finir avec son adversaire qui semblait-il avait gagné une manche très importante ce coup-ci. Il s'effondra à terre, semblant vouloir laisser passer le temps, laisser son adversaire revenir le chercher, car il en était sûr il reviendrait. Il resta ainsi ce qui lui parut être plusieurs jours mais qui ne fut que quelques heures, temps au bout duquel la femme se releva et sembla aller vers l'horizon comme appelée par celui-ci, après avoir passée ce temps à se tortiller de douleurs, sentant ce fœtus prendre forme en son sein. Aussitôt qu'elle se fut éloignée de lui de ce qui semblait être quelques kilomètres, un adversaire vint le «réveiller» en lui admonestant un coup qui aurait du lui briser l'échine s'il n'avait pas eu son armure draconique. Il se releva alors en érigeant une fois de plus le bouclier qui lui avait sauvé la vie à plus d'une reprise et chercha son agresseur, quelle ne fût pas sa surprise de voir un demi-elfe en armure draconique lui aussi, portant à son coté une épée similaire à la sienne, une armure semblable aussi mis à part le blason qui lui fît alors exploser le crâne de souvenirs. Il se tordît de douleurs, se tenant la tête entre les mains comme si quelque chose lui vrillait le cerveau, cherchant à s'en extirper par tous les moyens.

- Je ne sais pas si tu te souviens de moi mon cher compagnon, mais il semblerait que l'on ait besoin encore de tes services sur le monde de Rivellon, et plus rapidement qu'on aurait pu le croire. De quoi te souviens-tu exactement ? Dis-moi que je puisse t'instruire le temps que j'ai encore ma raison et mon esprit libre de toute corruption. lui dit alors cet homme qui semblait guetter aux alentours quelque chose qui lui faisait peur.

- Je ne me souviens de rien , mis à part quelques brides de combats où j'ai terrassé des adversaires qui n'auraient jamais dû périr de ma main, et dernièrement j'ai vu le viol de ma compagne par un démon dont je ne connais pas le nom et je n'ai rien pu faire, même pas pu lui dire que j'étais là à ne rien pouvoir faire que subir cet outrage en même temps qu'elle. S'exprima faiblement YLTH en reprenant son souffle.

- Je ne sais même pas comment je me nomme ; reprit-il dans un sanglot.

- Je vois que tu as semble t'il oublié effectivement bien des choses, et il n'y a qu'une solution pour te les remémorer rapidement, je le déplore mais tu vas devoir me combattre, et cette fois-ci sans garde-fou, sans retenir nos coups mon ami, il faut que tu parviennes à me terrasser pour que je puisse t'apprendre ce que je sais, je n'ai pas le droit malheureusement de te le dire de vive voix, il te faudra fusionner avec mon âme.

...Et joignant le geste à la parole il dégaina son épée et porta le coup avec une telle violence qu'YLTH chancela et malgré son envie de plutôt discuter que de combattre, il sentit qu'effectivement au vu de ce qu'il avait vécu ces derniers jours il lui faudrait tuer son ami pour réussir à connaître la vérité. Le combat dura plus longtemps que les précédents, son opposant connaissant très bien comment allait réagir le chevalier elfique ( il se souvenait maintenant que c'était son « titre » à une époque et que ses amis lui donnait également quand il ne connaissait pas son nom), portant ses coups comme s'il voulait obtenir un coup mortel en réponse à chaque fois, mais au lieu de recevoir le dit coup il le déviait ou l'évitait, faisant comme s'il ne voulait pas qu'il y ait de gagnant à cette joute, le seul point positif était qu'YLTH se remémorait petit à petit toutes les techniques, parades, feintes et autres choses que des adversaires pouvaient mettre en place pour vaincre lors d'un affrontement d'une telle sorte.

Elle était terriblement fatiguée suite à ces heures douloureuses à sentir au fond d'elle ces changements physiologiques qui faisaient d'elle la génitrice d'une abomination, elle voulait en finir le plus tôt possible et pour cela il lui fallait trouver l'origine de ce qui avait engendré ces douleurs, à savoir celui pour lequel elle ressentait une profonde haine grandissante, il lui semblait que si elle le «tuait» elle-même alors ses douleurs finiraient par s'estomper voir par disparaître, les envies de meurtre qui l'assaillait semblant venir de ce fœtus qui voulait prendre le contrôle de son corps. Elle erra donc, scrutant encore plus l'horizon afin de trouver le plus petit indice sur où trouver Ylthanis, mais elle ne trouvait rien d'autre que le vide, avec toujours ce nuage noirâtre qui semblait s'étendre de plus en plus, comme prenant de l'ampleur au rythme des douleurs abdominales qu'elle ressentait. Mais quelque chose semblait lui paraître bizarre, depuis qu'elle s'était vue devenir « mère » elle semblait ressentir des envies de sang, de chair humaine et violence qu'elle ne connaissait pas avant (le seul moment où elle avait ressenti à peu près la même chose c'était quand elle avait plus ou moins perdu la raison et qu'elle s'était vue sous le contrôle du dragon noir qu'elle avait par ailleurs occis avec la relique qu'Ylthanis lui avait permit de «forger» grâce aux sacrifices de ses compagnons), le souvenir de ses compagnons d'ailleurs lui fît venir des douleurs atroces, comme si le moindre souvenir de quelque chose de bien dans sa vie ne pouvait plus lui être permis. Elle essaya alors d'oublier ces instants parfois trop courts où tous ensemble ils étaient à la recherche des reliques qui permirent de sauver le monde de Rivellon et où ils arrivaient à rire de choses qui n'auraient pas du, cette vague de souvenirs lui fît mettre genoux à terre sous la douleur, cela était tellement facile d'oublier tous ces instants, mais si ce qu'elle portait en elle ne voulait pas qu'elle se remémore tout cela il devait bien y avoir une raison, alors luttant contre les contractions qui l'assaillaient, elle chercha à trouver une position où elle pourrait à loisir laisser libre cours à ses souvenirs, ceux-ci affluant maintenant avec une rapidité déconcertante, semblant aller de paire avec un chamboulement d'entrailles digne de faire hurler la plus endurante des femmes.
Au bout de ce qui lui parut être des heures interminables elle se releva, repris sa marche à la recherche de celui qu'elle était venue chercher; ses souvenirs ne l'avaient pas convaincu d'épargner cet homme qui était à l'origine de ces maux qu'elle supportait (mais n'était-ce pas cet «enfant» qui lui faisait penser cela, elle n'arrivait pas à en être certaine, ce qui l'énervait encore plus). Elle erra ainsi des heures durant puis finit par arriver à ce qui semblait être un trône au milieu de nul part, et sur celui-ci se tenait celui qui lui avait infligé tant de souffrances, son premier geste fut de vouloir se transformer et de se jeter toutes griffes dehors sur lui, mais comme la première fois elle se retrouva tétanisée puis petit à petit elle perdît son envie de le combattre, comme si de l'intérieur quelque chose semblait prendre le contrôle d'elle-même. Sentant cela elle combattit alors intérieurement pendant des heures, semblant faire sourire le démon qui se délectait une fois de plus de cette souffrance qu'il infligeait un peu trop facilement suivant son avis mais qui s'arrêta net de rire à gorge déployée quand il aperçu au loin ce qui semblait être une explosion de lumière multicolore aveuglante et reçu un trait de lumière en plein thorax.

- Tu fais moins le fier maintenant que je sais comment te combattre ! Tu vas payer tout ce que tu as fait, tout ce que tu voulais faire, et ceci au centuple crois moi ! Je n'aurais de cesse de te harceler et te torturer pour te faire expier tout ce que tu as fait subir à mes amis, et plus particulièrement à cette femme qui avait réussi à me redonner goût à la vie et à qui j'ai dû donner des pouvoirs qu'elle n'aurait jamais dû recevoir afin de peut-être réussir à se sauver de tes griffes, mais je vois malheureusement que j'ai échoué et qu'elle est maintenant sous ton joug ! cria une voix qu'il sembla reconnaître et qui le fit tressaillir un faible instant.

 

 Myriam étant venu se mettre devant lui et faisant ainsi écran de son corps frêle en rapport à son nouveau «maître», ce qui le rassura.

- Tu ne pourras pas me vaincre une fois de plus, tu ne réussiras pas cette fois ci, je suis chez moi ici, tu n'es pas en possession de tous tes moyens et tu va devoir combattre celle à qui tu as donné beaucoup trop de ton vivant croit moi !

 Myriam commença à s'avancer vers cette silhouette qui commençait à se former au loin, des ailes poussant lentement dans son dos, des griffes émergeant de ses doigts, son cou s'allongeant et sa peau devenant écailleuse.

Il sentait que ce combat allait être trop long, il lui fallait trouver le moyen de l'écourter, et au fur et à mesure que ses souvenirs arrivaient il se disait même qu'il devait faire très vite et réussir à prendre la « vie » de cet ami de toujours qui semblait être le seul à pouvoir lui redonner ses pouvoirs d'antan, calculant à peu prés le temps depuis son réveil il se dit qu'il ne lui restait plus que quelques heures avant que le portail qu'avait traversé Myriam ne se referme totalement, la laissant dans les griffes de ce Seigneur-démon demi-dieu qu'il avait vaincu corporellement mais que dans sa magnanimité il avait laissé s'échapper sous forme d'âme, lui admonestant de rester dans les limbes où il devrait se repentir de ses actions ou bien finir par payer ses crimes lors d'un affrontement ultime quand ils viendraient à se rencontrer à nouveau ; Ce qu'il n'avait pas pensé et c'était là son erreur, c'est qu'un démon ne se repent jamais et prépare sa vengeance à l'instant près, surtout un démon de cette envergure qui possède des pouvoirs incommensurables comme ce Bael-trae-zorn, seul être à avoir réussi à rivaliser de puissance avec lui (mis à part les dieux et encore certains se méfiaient de ne point entrer en conflit avec lui à une époque se souvînt-il) et qui fût d'ailleurs le seul à presque réussir à le vaincre, hormis Myriam qui l'avait vaincu de bien autre manière se dit-il en se permettant un léger sourire, chose qui fît s'arrêter Tor-Wauki de combattre, ce dernier ayant vu alors qu'Ylthanis avait retrouvé assez de souvenirs et maintenant comprenait ce qui s'était passé, il feinta alors comme pour porter un coup mais au lieu de cela il lâcha son arme et vînt s'empaler sur celle de son ancien compagnon d'arme, s'écroulant ainsi un sourire aux lèvres, apparemment l'esprit tranquille.

- Tu as maintenant retrouvé la quasi-totalité de tes souvenirs, même ceux que tu avais enfouis au tréfond de toi-même, tu vas maintenant pouvoir aller combattre celui qui ne doit plus être, va, va et venge nous tous.

Ce fût les dernières paroles qu'il dit, sa silhouette se dissipant doucement pour venir ajouter doucement une écaille de plus à la garde de cette épée que le chevalier brandissait devant lui, le regard dans le vide comme s'il avait quand même préféré perdre ce combat plutôt que de le gagner ainsi.

- Tu n'as pas à t'en faire, je vous vengerais, toi et les autres, toi et tous ceux qui ont donnés leur vies tout au long de ces siècles afin que ce démon ne soit jamais libéré de sa prison, je ne permettrais pas qu'un seul de vous tous perde à jamais son âme à cause de lui et de l'erreur que j'ai commise; s'exclama en un sanglot Ylthanis tout en se retournant vers cet horizon où il savait que le dernier combat approchait.
Il semblait que le monde de Rivellon subissait un terrible assaut car le chevalier vit se présenter à lui sur son chemin vers son dernier combat beaucoup trop de monde qu'il avait connu vivant, Boubou, Haper, Furet, La Louve, Deika et bien d'autre qui jamais n'aurait du mourir aussi vite; Il prît quelques instants pour se recueillir, une aura multicolore sembla l'envelopper et s'étaler autour de lui, et soudain en se relevant il expira un cri et fit exploser toutes les âmes de ceux qui l'entouraient, fermant ainsi par la même occasion le portail qui semblait donner sur Rivellon, puis les aspira, rajoutant des écailles partout sur son armure, allant même jusqu'à se greffer celles symbolisant les êtres qui lui étaient le plus cher directement sur sa chair, rendant impossible qu'ils aillent donner encore plus de puissance a son opposant qui sans nul doute savait maintenant que l'heure ultime n'allait pas tarder à sonner.


Sur RIVELLON l'offensive avait été lancée avec succès, les premières lignes démoniaques n'étant pas vraiment organisées elles n'avaient quasiment pas opposées de résistance, il en fut tout autre des arrières-garde qui firent un écran plutôt compact aux humains qui trop sûrs d'eux avec à leur tête un groupe d'aventuriers qui n'avaient pas voulu rester au chaud au château à ne rien faire avait même été trop vite, se retrouvant maintenant encerclés par un flot continuel d'être plus abjects les uns que les autres. Succombant petit à petit ils en arrivèrent à se dire qu'ils avaient échoués, ils n'arriveraient pas à atteindre le démon-portail, ils allaient donner leur vie en vain, et c'est avec cette peur au ventre qu'ils firent voler de plus belle leurs armes autour d'eux, balayant le plus possible d'adversaires afin de percer ces lignes ennemies qui toujours se reformaient, puis tout à coup un silence se fît, juste quelques secondes brèves où chacun se demandait ce qui se passait, puis ils se sentirent happer et s'envolèrent. Tous pensèrent qu'ils allaient être lâchés par quelques démon pour l'amusement de ceux-ci mais quelle ne fût pas leur stupeur de voir qu'en fait c'était BAHAMUT lui-même qui menait les hordes draconiques au combat, lâchant des souffles ardents et explosifs sur les démons, les faisant fondre autour de TOR-WAUKI qui faisait tout seul au milieu des cohortes un petit ménage bien à lui, coupant à tour de rôle tête, jambes et bras, pendant que MAGIC SOLTICE accompagnait une légion d'êtres divers allant de pixies à des géants nuageux en passant par des trolls et autres orcs. Les légions démoniaques semblaient bien à mal de pouvoir repousser un tel assaut, SHADOW et la Duchesse voyant cela ayant donné l'ordre d'ouvrir les portes de la cité et que toute personne à même de pouvoir combattre aille donner un coup de main substantiel à ceux qui cherchaient à sauver leur monde d'une destruction pure et simple. Quand le démon-portail fût atteint il ne restait debout qu'un nombre très réduit d'hommes, TOR-WAUKI avait fini par succomber sous les coups d'innombrables adversaires, rejoint de prés par la joyeuse bande de Boubou, Haper, Furet et les autres qui comme à leurs habitudes avaient combattu toujours les uns à coté des autres; MAGIC SOLTICE s'était vu décapité par une mort mineure, démon de haut rang qui combattait avec une faux rougeoyante, ce qui lui avait valu ce nom; BAHAMUT lui-même dût se retirer de la bataille sous les injonctions de plusieurs dragons d'argent qui laissèrent leur vie pour lui permettre de s'envoler, lui disant que seul lui avait le pouvoir de tuer le démon-portail et qu'il devait vivre le temps d'arriver à ce dernier, chose qui ne lui plût guère, mais il dût se faire à cette idée et il ne revint que pour porter le coup de grâce à celui-ci, lui décochant un souffle sonique qui le désintégra sur place. Que de pertes ce monde avait subi, que de personnes qui n'auraient jamais dû mourir si vite, que de héros qui avaient sacrifié leur existence afin de sauver ce monde, et pour couronner le tout le château implosa quelques instants suivant la mort du démon-portail, comme si le portail menant à l'autre monde venait de se refermer en emportant tout ce qui se trouvait autour.

- Ce monde va mettre du temps à s'en remettre. dit BAHAMUT à ceux qui étaient à coté de lui,.

 - Il va y avoir beaucoup de boulot pour redonner l'espoir à ceux qui restent. S'exclama-t-il en regardant l'endroit où se trouvait le château quelques instants avant.

- Et je compte sur toi pour régler cela le plus vite possible et me ramener ma fille saine et sauve ! Murmura-t-il pour que personne ne l'entende.