(Auteurs : Eärinya, Gilgamesh, Bargo, Dorora, Willard)
Nos quatre amis s'enfoncèrent donc dans la montagne... Visiblement, de nombreuses galeries avaient été creusées, mais elles ne semblaient pas être l'oeuvre des Nains, mais plutôt des Hommes... Aucune architecture n'était apparente et le petit groupe pensait qu'il s’agissait d'anciennes mines désaffectées... Et donc, que cela risquait de leur tomber sur la tête... Tous y pensaient... mais personne ne le disait à voix haute... L'Elfe, une fois de plus, se sentait oppressée, et scrutait chaque bout de mur pour tenter de s'occuper l'esprit... Willard avait ouvert la marche et allait bon train... Bargo et Gilgamesh suivaient tranquillement...
Soudain, la licorne s'agita anormalement... Elle qui,
sous les ordres d'Eärinya, ne bougeait pas d'une oreille, se mit à remuer
dans tous les sens. Elle se cabra violement avant de faire un brusque
demi-tour. L'Elfe, malgré sa dextérité, dégringola sur Bargo, lui-même
entraînant Willard dans sa chute. Gilgamesh recula d'un bond pour ne pas
imiter ses amis.
L'animal arrêta sa course folle à quelques mètres à
peine d'eux, tremblant, en s'ébrouant rageusement.
Les amis se relevèrent et regardèrent Niumi, un peu
déboussolés.
- Que lui arrive-t-il, demanda Bargo à Eärinya.
- J'en sais rien.. Ca va, personne ne s'est blessé ?
Tous firent "non" de la tête...
D'un seul mouvement, ils se retournèrent vivement lorsque leurs oreilles perçurent un grincement...
Et là... ils
restèrent pétrifiés... Un être... moitié squelette, moitié chair, semblant
aussi mort que vivant, les regardaient, un bâton fait d'ossements de
diverses créatures, terminé par un crâne, gueule ouverte, en main... Il
était vêtu d'une sorte d'aube de mage, noire et rouge sang... Ses cheveux,
du moins ce qu'il en restait, couleur cendre, lui tombaient jusqu'aux
épaules.
- Qui ose me déranger ? Demanda-t-il d'une voix
caverneuse et terrifiante. Je n'aime pas être dérangé par des vivants...
mais cela peut s'arranger très vite...
Les quatre amis se regardèrent, pensant sur le coup
être tombés sur le fameux Grand-Mal. Qui allait répondre ???
Bargo rassembla son courage et lui dit :
- Nous... nous sommes.. À la recherche de... Grand-Mal…
- Grand-Mal ! Reprit-il d'une voix plus terrifiante encore. Etes-vous de ses amis ?
Que fallait-il répondre ? Peut-être cette créature
était-elle invoquée par ce monstre...
Willard s'avança vers le mort-vivant...
- Et vous, qui êtes-vous ?
- Willard, lui murmura Eärinya. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de l'interroger...
Le Nain regarda l'Elfe, puis fixa la créature. A la
stupéfaction de tous, celle-ci répondit :
- Je me nomme Gauldoth... et je suis aussi mort que vivant... Grand-Mal n'a pas réussi à faire de moi son esclave et j'ai un compte à régler avec lui...
Il regarda un à un les compagnons...
- Quel étrange compagnonnage... et vous espérez détruire Grand-Mal ?
L'Elfe répondit alors :
- Nous... ne savons
pas grand-chose sur lui... et nous ignorons ses intentions... donc non pour
l'instant nous ne sommes pas là dans le but de le détruire...
- Tu es bien naïve l'Elfe... vous l'êtes tous, comme
tous les autres vivants... Vous ignorez tout de la Mort et de ses
pouvoirs... Elle vous dépasse tous !
Les amis se regardèrent et Gilgamesh s'avança...
intrigué et attiré à la fois par ce mort-vivant... Il sentait en lui un
immense pouvoir... certes, celui-ci sentait la mort et l'horreur à plein
nez, mais...
- Accepteriez-vous de rejoindre quelques vivants bien naïfs pour régler vos comptes avec Grand-Mal ?
Ses amis se tournèrent vers lui, horrifiés, incapable
de dire quoi que ce soit. Eärinya ne put s'empêcher de se rapprocher de
Bargo et lui saisit le bras... de peur.
Gauldoth reprit :
- Je n'ai pas besoin de vivants...
- Non, certes, répondit Gilgamesh. Mais nous, nous avons besoin de vous... Si ce Grand-Mal est si puissant, nous ne pourrons rien contre lui.
Après un long moment de silence, Gauldoth répondit :
- Entendu... Mais
vous me le laisserez une fois que nous l'aurons trouvé !
- Marché conclu, répondit Gilgamesh.
Eärinya, terrifiée, courut vers sa licorne monta
dessus et reprit la route, suivie par ses amis et Gauldoth. L'animal resta
nerveux tant que le mort-vivant était près de lui... Bargo marchait d'un
coté de l'Elfe et Willard de l'autre.. Il préférait mille fois la compagnie
de "grandes oreilles", comme il la surnommait en lui-même, que de ce
monstre.
Et il s'enfoncèrent un peu plus dans ce labyrinthe jonché de cadavres à l'état de squelettes, s'apprêtant à chaque seconde en voir un se lever...
Avant de partir dans la grotte, Pyro était reparti dans le ciel pour faire le tour des horizons mais pas traverser la montagne par au-dessus car Gilgamesh ne voulait pas qu'il lui arrive quelque chose. De l'autre coté de la montagne, le royaume du Grand-Mal commençait. Arrivé de l'autre coté, Gilgamesh l'appellerait pour qu'il veille sur eux et pour que Gilgamesh veille sur lui.
Le groupe s'enfonça dans la grotte de plus en plus
profond et bientôt la lumière n'était plus. Il faisait très sombre.
Gilgamesh créa alors une boule de feu au bout de son bâton éclairant ainsi
les alentours. Après quelques heures dans les dédales du labyrinthe qui
était toujours jonché d'os, Niumi tremblait toujours autant et Eärinya
n'était toujours pas rassurée. Notre groupe n'avait pas dit un mot depuis
leur rentrée dans la caverne. A un moment, ils débouchèrent sur ce qui
ressemblait à une grande salle avec douze passages possible de continuation.
Lequel allaient-ils prendre ?
Gauldoth commença à parler :
- Tiens encore cette fichue salle ! Cela fait des lustres que je passe par là et la seule sortie que je trouve est celle d'où l'on vient. N'importe quel passage que vous prendrez vous ramènera sur vos pas. Mais comme vous êtes un groupe spécial, je pense que l'on peut passer.
Gilgamesh :
- Je sens une
puissance magique qui hante ce lieu. Cette salle est ensorcelée et si j'ai
bien compris Gauldoth, tous les passages sont un et un seul.
Eärinya :
- Vous avez vu ce qui il y a sur le plafond ? Il y a des sortes de dessins... Ah non c'est la carte du labyrinthe !
Willard :
- Mais où ça je ne vois rien moi. Tu es sûr que tes yeux ne te jouent un tour Eärinya ?
Eärinya :
- Non, j'en suis
sûre, c'est un travail d'une telle minutie que j'ai failli ne pas le voir.
Bargo :
- Que vois-tu alors ?
Eärinya :
- Si je me repère au plan, heu... ... ... ... . Voilà, il y a un passage qui conduit de l'autre côté mais il est plutôt bien caché si je regarde le plan. Tous les passages en effet nous ramèneraient sur nos pas sauf que l'un se sépare en deux pour partir de l'autre coté.
Tout le monde suivit l'elfe par le passage qui était
à gauche de celui où ils étaient arrivés. Au bout d'un moment, le passage
secret n'était toujours pas trouvé.
Eärinya :
- Je ne comprends pas, on aurait dû trouver le passage depuis longtemps !
Gilgamesh :
- Alors revenons en arrière, j'ai cru sentir quelque chose tout à l'heure mais je n’en suis pas sûr.
Le groupe fit alors demi-tour et arriva à l'endroit
où Gilgamesh avait senti quelque chose.
Gilgamesh :
- Oui, il y a bien
quelque chose ici. Ca sent la magie en concentré. Reculez un peu mes amis,
je vais essayer de faire sauter cet enchantement. Il semble puissant car ce
n'est ni une illusion et en plus il ne laisse pas passer l'air.
Ces amis reculèrent alors de quelques mètres. La
lumière de Gilgamesh s'estompa pour laisser place à une aura bleue qui
recouvrait Gilgamesh et son dragon Azroc. Après un charabia incompréhensible
du mage, l'enchantement fut levé et le passage secret se dévoila. L'air qui
ne pouvait pas passer commença à s'engouffrer. Mais cet air était étrange.
Il était magique. Le sol était toujours jonché de squelettes.
Alors que tout le monde était content de pouvoir sortir, les os commencèrent à bouger et prirent vie. Les squelettes se reformèrent et la caverne fut en peu de temps infester de créatures mortes vivantes.
Gilgamesh :
- Je suis désolé les amis mais j'ai utilisé beaucoup de ma puissance pour enlever ce sortilège et je n'ai plus assez d'énergie pour renvoyer ces squelettes d'où ils viennent. D'autant plus que je ne voudrais pas blesser notre nouveau compagnon. Mais ne vous inquiétez pas pour moi, je me battrais avec mon bâton et quelques boules de feu.
Tout le groupe sortit son arme et commença le combat
avec les squelettes qui les envahissaient déjà.
Gauldoth regarda les squelettes en silence, aucune expression ne se lisait sur son visage. Gilgamesh, plus habile avec ses boules de feu qu'avec son bâton, opta pour l'attaque à distance...
Bargo tira Filâme de son fourreau, Willard saisit sa hache avec vigueur et Eärinya décidée, pour une fois, de troquer son arc contre son long poignard blanc, qui d'ailleurs ressemblait plus à une dague.
Tous trois se mirent en cercle, dos à dos, pendant
que Gilgamesh prenait une distance suffisante. Gauldoth observait les
vivants. L'Elfe lui dit sèchement :
- Vous comptez rester là ou venir nous aider ?
- Je veux voir de quoi vous êtes capables... répondit-il de sa voix caverneuse.
Elle ne répondit rien à cela... mais Bargo, en traduisant les auras qu'il percevait, pouvait y dénoter de la colère mais aussi beaucoup de peur. Celle de Gauldoth était noire de jais, et en dehors de l'aspect maléfique et mortel qu'elle donnait, rien n'y était lisible. Willard semblait éprouver une certaine satisfaction à faire des tas d'os, sans crainte aucune. Sans nul doute que ce Nain était un fier et noble guerrier... Finalement, ils ne savaient presque rien de lui... Gilgamesh, quant à lui, était très serein. Ses longues années de vie lui avaient appris que pour gagner un combat il fallait rester calme et lucide. Et en ce qui concerne notre demi elfe, il n'avait pas besoin de regarder son aura pour savoir qu'il ressentait les mêmes impressions que l'Elfe...
Les squelettes les encerclaient à présent. Les trois
amis se serrèrent un peu plus, sans toutefois se gêner. Un rapide coup
d'oeil les firent percevoir plusieurs types de guerriers : des archers, des
épéistes et... des combattants à main nues.
Bargo s'adressa à Gilgamesh :
- Occupez-vous des archers !
Gilgamesh acquiesça...
Les premiers morts-vivants attaquèrent. La hache de
Willard fit des merveilles et ils s'effondrèrent dans un bruit d'os
fracassés... un son à faire glacer les sangs. L'Elfe, étant donné la taille
de sa lame, inférieure à celle d'une épée, se chargea principalement de ceux
qui ne portaient aucune arme ou ceux dont l'épée était cassée. Ceci dit, ces
créatures restaient fortes et difficiles à vaincre car très vivaces. Bargo
fonça sur un épéiste... Gilgamesh visait les archers...
Le combat fût long.. très long... les quatre amis étaient épuisés et chacun était tellement pris sans sa propre bataille qu'il en avait momentanément oublié les autres.
Et c'est ainsi qu’ils s’aperçurent que Bargo avait pris une flèche dans la jambe, Willard avait une profonde entaille à l'épaule et l'Elfe saignait abondamment à la tête... Gilgamesh avait été effleuré d'une flèche et Gauldoth se portait comme un charme, observant toujours ces jeunes aventuriers, certes naïfs, mais bons combattants.
Eärinya retira
doucement la flèche du corps de Bargo, avant de sortir d'une petite bourse
quelques plantes elfiques aux propriétés curatives. Elle en appliqua
soigneusement sur la plaie, n'ayant pas d'eau à proximité pour les tremper
et en laver la blessure. Ses gestes restaient doux et Bargo ne put
s'empêcher de lire l'aura de son amie. Sa couleur bleu océan ne le trompait
point sur les sentiments de l'Elfe : une profonde amitié, sinon un attrait
plus prononcé...
- Votre tête, dit-il... vous saignez beaucoup.
Le sang coulait du front de l'Elfe jusque sur ses
vêtements, noyant de sang le coté droit du visage.
- Nous verrons cela ensuite, répondit-elle dans un sourire.
Bargo se leva légèrement pour s'asseoir et entreprit
de soigner Eärinya. Elle se laissa faire, appréciant ces petits gestes.
Gilgamesh ne perdit pas son temps et s'occupa de Willard. La plaie était profonde, mais propre et nette. Le mage, épuisé par toute cette magie dont il avait fait usage, rassembla ses forces et incanta pour soigner le fier Nain, et soigner sa petite blessure en même temps.
Une fois tout le monde soigné, ils se regardèrent. Gaudolth posa son regard sur chacun d'entre eux. Bien qu'il n'aima pas les vivants, il se surprit à leur trouver nombre de qualités : honneur, courage et fierté.
- Je suis épuisée, se risqua à dire l'Elfe.
Willard la regarda et dû admettre que même un Nain
devait se reposer de temps à autre, mais il fut bien heureux de ne pas avoir
à l'avouer en premier.
- Moi aussi ! Dit-il en jetant un oeil pour voir la
réaction de "grandes oreilles".
L'Elfe avait la tête baissée et écoutait sans rien
dire. Bargo et Gilgamesh acquiescèrent et
s'assirent à coté de leurs amis.
- Dormez ! Leur dit Gauldoth, je vais veiller.
Bargo, Eärinya et Willard doutèrent que ce soit une
bonne idée, mais ils étaient si las qu'ils n'émirent pas d'objection. Ils
s'endormirent rapidement...
Avant la rencontre avec Gauldoth, Bargo aurait juré que leur groupe n’aurait pu être plus dépareillé… Dire que deux lunes plus tôt, il pensait être le représentant d’un métissage impossible… Cette créature à elle toute seule symbolisait l’interdit.
Chaque être naissait, vivait, en laissant ou non une trace de son passage,
positive ou non, puis disparaissait, pour accéder ou non à un autre monde
inconnu de tous…
Gauldoth était indescriptible, son corps n’avait pas d’âge, il semblait les
avoir tous, comme si une ligne invisible avait marqué la trace du temps,
partant de sa main droite, belle, robuste et ferme, suivant un continuum, ou
le milieu de son être, la ligne appelée tellement injustement ici, de
symétrie semblaient faire passer de l’état de vieillard aux prémisses de la
mort dans toute sa putride réalité. Le visage semblait marquer cela avec
beaucoup de cruauté. En partant de la commissure de la lèvre à droite,
belle, rose et ferme, de petites ridules circonférentielles faisaient place
à de profondes fissures verticales, à la pigmentation blafarde au niveau du
filtrum, puis à l’état dramatiquement humide, suintant, d’une chaire en
décomposition. A hauteur de l’aile nasale gauche qui subissait le même sort,
la peau semblait tannée, plus sèche. Ce derme momifié, parcheminé, brunâtre
semblait plus fine pour carrément disparaître au niveau de la commissure
gauche plongeant ce demi visage dans un sourire carnassier éternel. Le nez
subissait la même épreuve du temps, tout comme les yeux, le gauche ne se
fermant plus, son globe au regard pénétrant suspendu dans une orbite
sinistre et profonde… La main gauche de cet être était celle d’un squelette
blanchit. Le contraste entre les deux mains était frappant… Les compagnons
étaient reconnaissant à cette créature de porter une tenue faite de
multiples étoffes noire et rouge, de manière à cacher une grande partie de
son corps.
Comment la vie et la mort pouvaient-elles co-exister ensemble ? Comment ?
Cette question torturait Bargo alors que le groupe cheminait dans les
galeries de ce labyrinthe. Sans s’en apercevoir, le groupe marchait à la
droite de Gauldoth, de manière à être rassuré par la partie vivante du
personnage le plus insolite qu’il leur ait été donné de voir…
Le combat qui avait suivi, contre une armée de squelettes, avait occupé le groupe jusqu’à l’épuisement. Gauldoth, lui, avait assisté aux mêlées, d’un air amusé sans qu’une seule fois un squelette ne se retourne contre lui… Si les blessures ne les avaient pas occupé après la bataille, et s’ils n’avaient pas été terrassés par la fatigue après, ils auraient noté cela. Le sommeil qui avait plongé le groupe dans des nimbes lointaines, avait été réparateur. Bargo, troublé par la révélation des sentiments mitigés de la douce Eärynia aurait pu dormir dans un nid d’Irsuf juste avant la migration, et l’aurait trouvé aussi doux que le regard de l’elfe la veille… Bien que boitant, il planait dans un autre monde.
Au moment de reprendre la route, Gauldoth apparut au détour d’une galerie,
chargé d’eau pour permettre à la troupe de se rafraîchir. Après une petit
déjeuné à base de viande séchée et de galette de voyage, Eärynia, la tête
enturbannée dans un pansement de fortune, Willard, le bras droit mis en
écharpe dans une position antalgique, Bargo se tenant à Niumi, n’ayant pas
trouvé de branche pouvant lui servir de béquille, et Gilgamesh les traits
livides tirés par l’effort colossal que lui avait demandé le combat de la
veille, se regardèrent et éclatèrent de rire ensemble. Gauldoth ne semblait
pas moins vivant qu’eux, tous plus ou moins éclopés. C’est alors dans la
contagion, que le nouveau compagnon, ne comprenant pas tout à fait la cause
de cette soudaine épidémie, fut prit également d’un fou rire de sa voix
caverneuse bitonale caractéristique. Les quatre autres se turent
instantanément. Non vraiment Gauldoth n’était pas comme les autres…
Ils décidèrent de poursuivre le chemin à un pas modéré, Niumi refusant de prendre le chargement de Willard (une étincelle quasi elfique brillait au fond de ses prunelles). C’est alors que l’incident se produisit. Voulant aider ses nouveaux compagnons et surtout Willard, pour porter son équipement, d’un geste tout simple de la main, Gauldoth invita six squelettes jonchant le sol à se reconstituer, ressemblant à s’y méprendre aux ennemis de la veille, pour prendre les paquetages.
Gilgamesh, l’esprit vif, d’une voix déformée par une colère subite :
- c’était vous les squelettes hier ?
- Benhh oui, il fallait bien que je vous éval…
Ne sentant plus la douleur, mu par une rage
sans nom, le regard injecté de sang, Willard se jetait sur Gauldoth, Seamus
brandit comme si elle ne pesait que deux noises. Eärynia, vive, suivit de
Bargo qui ne comprenait pas tout à fait ce qu’il faisait mais suivait
naturellement le mouvement de l’Elfe, se jetèrent sur le Nain juste avant
qu’il ne commette l’irréparable.
Les pulsions meurtrières passées, une explication suivit.
- Vous devez comprendre que je ne pouvais me permettre de vous laisser m’accompagner sans m’assurer de votre valeur… Je devais m’assurer que vous étiez les élus que j’attendais…
Ces paroles à l’instar du vent qui chasse le sable, finirent de calmer Willard toujours encadré par ses compagnons aux aguets. Gauldoth en connaissait plus que les autres sur le conflit entre Galaad et le Grand Mal, aussi put-il un peu lever le voile d’incertitude qui planait sur les compagnons depuis la rencontre avec le dragon. Cet être à la frontière entre la vie et la mort ne voulut pas parler de ses griefs personnels envers Algeress, le mage déchu, cependant il put éclaircir un bon nombre d’énigmes. Algeress et Thorasil, premier suzerain de Galaad, était frères, frères jumeaux. Leur ressemblance était telle que Galaad fut une nuit trompée par Algeress profondément éprit d’elle. Les deux frères, au début inséparables, finirent par se haïr, le roi chassa son frère dans les bois car une malédiction s’abattrait sur celui des deux frères qui oserait porter la main sur l’autre, aussi devait-il le laisser en vie. Galieel naquit neuf mois plus tard, et Galaad fut bien incapable de dire qui des deux frères était le père. Elle garda cependant son lourd secret pour elle et pour sa suivante favorite à qui elle se confia un jour.
Les années passèrent, la citée était en prise avec une guerre de pouvoir obscure entre les différentes maisons qui cherchaient le contrôle et la domination sur les commerces florissants. Certaines familles allèrent trouver Algeress toujours à errer dans les bois, trop épris pour abandonner Galaad, et lui proposèrent d’assassiner son frère pour le mettre au pouvoir en échange de gros avantages. Bien que le frère déchu nourrisse une rancœur sans limite envers son sosie, pensant que si Galaad l’avait rencontré lui en premier, il serait au chaud dans une citadelle et non à vivre dans une forêt, il refusa cette offre. Déçus mais non découragés, ces mêmes comploteurs allèrent trouver Thorasil pour le prévenir d’un odieux complot ourdi par son frère pour le destituer et le remplacer. Fou de rage, Thorasil, aveuglé par la haine se précipita dans les bois accompagné de ses nouveaux compagnons, sans escorte personnelle. Le roi se jeta sur son frère sans sommation, et les traîtres se gardèrent bien d’intervenir car ils s’attendaient bien au résultat d’un tel combat. Algeress vivant dans cette nature peu hospitalière depuis de nombreuses années, avait conservé une bien meilleure forme que son frère. Mais la rage de Thorasil était telle que le vainqueur ne parut pas aussi évident. Cependant, dans la mêlée, les corps enchevêtrés dans un combat à main nue, Thorasil heurta violemment l’arrête d’un rocher, et succomba rapidement à une hémorragie, malgré les soins apportés par Algeress qui ne voulait pas ce dénouement.
La terre se mit alors à trembler, prise de convulsion. Le ciel s’obscurcit et après un temps qui parut une éternité, un gigantesque dragon noir se posa sur la scène du drame. Son corps majestueux écrasa nombre d'arbre en se posant dans un craquement sinistre. "Vous venez de réveiller une malédiction, en poussant deux frères identiques dans le sang, et pour de vils motifs. Vous venez ainsi de vous inclure dans ce destin funeste. Pour vous rappeler de l'endurcissement de vos coeurs, dans un an et à chaque changement de millénaire de l'horloge stellaire que vous venez de déclancher, vous devrez réunir les plus nobles représentants de la dernière génération de chacune des familles ici présentes afin qu'ils soient sacrifiés, sur les rives nord de la Laad, dans ces terres si fertiles que la malédiction vient de rendre stérile à tout jamais, sinon ce pays entier sera anéanti et tous ses habitants avec." Le dragon s'envola sur ces paroles.
Galaad mortifiée d'être à l'origine de cette fratricide tragédie, perdit la raison et s'enfuit dans les montagnes où il est dit qu'elle se donna la mort en se jetant du haut d'un précipice malgré les supplications de son amant présent de l'autre côté du gouffre, dans les flots turbulents d'une rivière. Algeress ne voulant accepter l'injustice de son sort, se consacra aux sciences occultes alors afin de trouver un moyen de communiquer avec son frère et sa bien aimée et leur expliquer la terrible injustice. La population prise de panique, connut une année où ils surent s'unir dans la préparation de ce funeste anniversaire.
Les mages, les nains, les elfes, les lutins
et les humains, mus par la peur, oublièrent leurs griefs et s'unirent pour
essayer de renverser le destin. Ils n'arrivèrent pas à tomber d'accord sur
l'arme parfaite pouvant terrasser le bras du destin, mais plutôt que de se
battre, ils décidèrent de les forger toutes, Seamus, et Filâme en font
partie et sont investis de pouvoir redoutables.
Galieel, alors jeune père de famille, monarque en des temps agités, à la
place de son père décida d'accompagner le premier contingent des plus nobles
âmes de la citée. Ces êtres étaient si purs qu'ils ne se firent pas prier
pour accepter le sacrifice. Algeress accepta à son tour la sentence, certain
qu'avec la disparition de son lignage par son propre sacrifice, il ne ferait
plus souffrir une impossible descendance.
Au crépuscule du jour anniversaire, le navire ayant transporté la délégation revint au port, les voiles en berne. Les accompagnateurs sortirent alors portant sur leurs dos les corps sans vie de chaque représentant... Le dernier à descendre sur le quai fut un homme rompu par une douleur trop intense. Algeress portait dans ses bras son fils, Galieel, mort lui aussi dans les limbes éternelles alors que son noble coeur le poussait à accompagner les élus protecteurs de sa citée, sans savoir qu'il était le dernier et pure représentant d'un sang maudit...
Algeress déposa le corps au pied de son
épouse et de son fils, et disparut.
Les années qui suivirent pansèrent les plaies de la population qui oublia
peu à peu l'histoire. Sans souverain, un conseil de sage fut choisi afin de
gouverner mais surtout de garder en mémoire le calendrier stellaire et la
malédiction.
De son coté, Algeress plongea corps et âme dans la nécromancie, plus pour
communiquer mais dans le but inavouable de ramener à la vie ses bien-aimés.
Il se fit ériger un mausolée dans la Vallée des Brumes comme il finit par la
nommer, et il y vit toujours dans l'espoir de sauver ces innocents de la
Grande Malédiction...
Au premier millénaire, les sages optèrent pour la traîtrise afin de recruter les agneaux à immoler. Aussi, leurs fournirent-ils les armes du premier groupe, leurs obscurcirent-ils la vue par de belles paroles afin de les laisser croire à un retour possible...
"Voilà, vous en savez quasi autant que moi sur cette malédiction et sur le
drame qui a eu lieu dans cette contrée il y a deux mille ans de cela... Je
n'ai pas toutes les réponses, mais il me semble que cette version se
rapproche au mieux de la réalité..."
Le groupe, submergé par le poids d'une si grande tragédie se tut, un moment
plongé dans une méditation révérencieuse...
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De l'autre coté un étrange pouvoir allait se soulever, poussé par la tristesse. Dans son mausolée, Algeress venait de découvrir comment échapper à cette malédiction. Il allait tuer le dragon noir, et ce le plus tôt possible. Pour cela il avait besoin d'un être qui soit subtil et qui puisse trouver le point faible du dragon, un être fourbe au point de pouvoir devenir suffisamment proche du dragon et de le tuer Cet être était polymorphe, il se prénommait Dorora avait un pouvoir de persuasion incommensurable. Lui seul pourrait parvenir à tromper ce dragon de malheur.
- Dorora voici deux mille ans que je cherche
un moyen d'enrailler cette malédiction.
- J'ai entendu parler de vous. Vous êtes le Grand-Mal!
- C'est exact.
- Je sais également que la recherche t'a permis de devenir si puissant que c'est toi aujourd'hui qui a le contrôle de toutes les forces de l’ombre.
- Tu n'es pas venu les mains vides, tu t'es renseigné.
- Oui mais un point me surprend, pourquoi un homme aussi puissant que toi peux avoir besoin de moi ?
- C'est très simple, ton pouvoir de persuasion dépasse l'entendement et il te faudra venir à bout d'un certain Narse.
-Oui je vois ! Le légendaire dragon noir !
- Oui c'est de lui qu'il va falloir t'occuper. Pour cela si tu réussis, tu auras droit à devenir GENERAL d'une de mes armées avec Snake, vous serez deux désormais !
- J'accepte à une condition, c'est que tu n'envoies pas d'autres personnes que moi tant que je n'aurai pas déclaré forfait !
- Pour cela c'est trop tard une elfe est venue déjà. Elle est à pied d'oeuvre depuis une semaine.
- Ce sera elle ou moi !
- Alors pour régler le problème je vais la faire convoquer et un combat entre vous donnera celui qui deviendra mon futur général mais après ce combat l'échec ne sera plus permis.
- Quelle est le nom de celle à qui je vais devoir faire avaler son extrait de naissance ?
- Elle se nomme Gilraen.
-Très bien je vois à qui j'ai affaire !
- Soit là dans deux jours quand le soleil déclinera et que l'ombre étalera ses forces ici bas.
C'est ainsi qu'il quitta le mausolée d'Algeress, en chemin il réfléchit et
trouva la réponse qu’il cherchait. Algeress était devenu fou durant tout ce
temps à essayer de communiquer avec les morts. La tristesse avait juste
réussi à le faire devenir suffisamment puissant pour dominer le monde.
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C’est sur les dernières explications de
Bargo que le groupe se remit en route. Nos compagnons cheminaient prudemment
dans cette grotte obscure. Il fallait trouver la sortie. Willard fronçait
ces sourcils comme à son habitude lorsque quelque chose le contrariait.
L’Elfe rompit le silence en s’adressant à Willard :
- Tu m’as l’air bien soucieux Willard, qu’est ce qui te préoccupe tant ?
Willard :
- Rien, rien je réfléchis.
-Eärinya :
- Allez Willard je commence à te connaître et cette expression sur le visage je la connais bien.
- Willard j’étais en train de me dire que l’on s’était bien fait avoir, que sans qu’on le sache nous étions manipulés, qu’il était difficile de démêler le vrai du faux, à qui fallait faire confiance pour en terminer avec toute cette histoire, que les rumeurs que l’on avait entendues sur ces soi-disant groupes de guerriers avec lesquels nous devions nous rencontrer pourrait se vérifier. Et surtout s’il était prudent de faire confiance à ce maudit zombie.
Eärinya :
- Ne t’en fait pas noble nain, ce zombie comme tu le nommes se demande la même chose sur nous j’en suis sûr.
Willard :
- Ouais peut-être mais mes ancêtres m’ont toujours appris qu’il n’était pas bon de fricoter avec ce genre de personnage un pied en enfer l’autre pour répandre le mal sur cette planète.
C’est à ce moment que Willard, d’un mouvement brusque, se retourna vers
Gauldoth et brandit Seamus. Bargo, Gilgamesh, et Eärinya n’avaient pas eu le
temps de réaliser, que déjà la hache du Nain surplombait la tête du zombie.
- NON WILLARD !!!!! S’écrièrent-ils ensemble.
Willard de rétorquer à ces compagnons :
- Que personne ne bouge ou j’aurais, avant quoique vous fassiez, réconcilié ses deux moities. A nous deux bifaces, si tu ne nous renseignes pas sur-le-champ de tes desseins je te pourfendrais en deux et c’est avec satisfaction que je regarderais tes deux moitiés s’entretuer et quand l’une ou l’autre aura pris le dessus je l’achèverais dans une furie qu’il ne t’a jamais été permis de voir.
Gauldoth les yeux rouges, le visage sans
expression dit à Willard :
- Je te comprends noble nain, je nourris la même haine envers les vivants
mais il va falloir que tu me fasses confiance, ma personnalité est régie par
un équilibre précaire, mon côté mort sert de garde-fou à mon côté vivant et
inversement. Et devant ce que j’ai pu voir de vous et le but qui vous motive
c’est mon côté vivant qui prévaut. Alors pas d’inquiétude vaillants
guerriers, vous ne risquez rien de moi ! Quant à ce qui me motive
personnellement, ce n’est que pure errance dans ce monde que je ne peux
quitter. Et quitte à errer, autant que je le fasse avec vous. Allez, range
ta hache le Nain, ne dépense pas tes forces inutilement.
C’est avec un soulagement certain que nos trois autres compagnons regardaient Willard ranger Seamus.
Gil reprit :
-Bien ceci étant fait, si nous reprenions notre route je pense que nous avons beaucoup de chemin à parcourir dans ce labyrinthe. Willard voudrait tu nous guider ?
C’est ainsi que Willard, dans un grommellement habituel reprit la tête du
groupe et commençait à s’enfoncer dans les galeries sombres. Nos groupes
marchaient déjà depuis quelques heures que soudain Willard s’arrêta. Bargo
le rejoignit aussitôt .
Bargo s’adressant à Willard :
- Que se passe-t-il Willard ?
Willard de répondre :
- Calme toi sang mêlé, ne sens-tu rien ?
Pendant ce temps les trois autres compagnons d’infortune les avaient
rejoint, et reprirent ensemble :
- Que se passe-t-il cher amis ?
- ARGH ! s’exclama Willard pensant que Bargo avait senti aussi. Dit leurs !
Le demi elfe, surpris et étonné, Bargo hésitait et bégayait :
- Heu oui heu ne sentez-vous rien ?
- Non d’un nain ! Jura Willard. Alors vous les elfes, l’œil aiguisé vous voyez tout pour mieux critiquer. Avec vos grandes oreilles vous entendez tout aussi pour la même raison mais pour ce qui est de l’odorat, là ça va moins bien n’est ce pas ? Je sens de l’air frais, de l’air du dehors. Nous ne devons plus être loin de la sortie.
Nos amis reprirent leur marche et s’aperçurent au fur et à mesure qu’ils
avançaient que la galerie s’éclaircissait.
- Ca y est, entama Willard, nous y sommes, voilà la sortie.
Nos compagnons étaient tous soulagés et
accélérèrent leurs pas pour se retrouver à flanc de montagne, mais tous
étaient étonnés de se voir aussi en altitude. Gil demanda à Willard comment
cela se pouvait-il et le nain répondit au mage que cela pouvait arriver que
dans les galeries. Grâce à un tour de passe-passe de dame nature, on pouvait
monter sans s'en apercevoir.
- Mais à quelle hauteur nous nous trouvons ? Demanda Eärinya.
Bargo reprit :
- Vu que nous sommes au-dessus des nuages et que la neige est glacée, je dirais que nous sommes à une hauteur respectable et qu’il nous faudra encore beaucoup d’heures de marche pour descendre dans la vallée.
Gil envoyait ses deux lézards volant en éclaireurs pour nous rendre compte de ce qui pourrait nous attendre plus bas mais une chose était sûre, c’est qu’ils n’étaient plus très loin de la contrée où il pourrait retrouver Grand Mal. Les deux dragons partis, nos guerriers descendaient prudemment car la pente était abrupte et glissante à cause de la neige…
La neige, épaisse, rendait leur cheminement difficile et dangereux. Il leur était impossible de déceler les éventuels trous, rochers, ou autres obstacles plus menaçants les uns que les autres. Gauldoth marchait en tête, suivit par Gilgamesh, Willard, Bargo, et enfin Eärinya et sa licorne. Cette dernière semblait n'éprouver aucune difficulté à marcher dans la matière blanche... L'épais manteau blanc les ensevelissait presque jusqu'à la taille, ce qui les épuisaient. Quand à Willard, il voyait juste le dessus de la neige, et marchait dans les traces de Gilgamesh.
Ils cheminaient sans parler, luttant contre
le vent glacial... Mais très vite, une question vient à leurs esprits : Où
pourraient-ils se reposer avec ce froid ? Rapidement un épais brouillard se
forma, les désorientant complètement.
Niumi partit au galop et se mit en tête du groupe. L'animal mythique les
guidait ainsi, contournant tel ou tel obstacle...
Ils descendirent tant bien que mal le flanc de la montagne et c'est épuisé
qu’ils arrivèrent dans la plaine... Là, ils aperçurent une vieille abbaye...
Ignorant, bien sûr, que quelques temps avant eux, d'autres aventuriers y
étaient passés...