(Auteur : Thémis)
Une longue silhouette solitaire
avançait péniblement sur un chemin balayé par la pluie. Elle était vêtue
d’un lourd manteau rouge sang, à capuche. On ne pouvait distinguer les
traits de son visage. Elle marchait de travers, une main pâle agrippée à son
épaule. Elle gémissait doucement et faisait de fréquentes pauses appuyée
sur un long bâton noir gravé d’argent. Elle finit par arriver dans une
clairière. La pluie avait cessé. Elle s’allongea sur l’herbe et sombra dans
l’inconscience.
Earinya, Bargo, Willard, Gauldoth et Gilgamesh marchaient, suivis de Niumie.
Pyro le dragon, volait au dessus d’eux. Il descendit soudain près du sol.
Gilgamesh en fut alerté.
- Il y a un problème. Dit-il.
- Allons voir ! Répondit Earinya.
Ils coururent à la suite du dragon jusqu’à une petite clairière brillante
de pluie. Là, ils trouvèrent Pyro, penché sur une forme rouge.
- Qu'est ce que c’est ? Demanda Bargo.
- Une femme, une elfe, je crois. Répondit gilgamesh.
Eärinya s’était agenouillée près de la jeune femme. Elle avait un long et
beau visage blanchâtre et une fine bouche pâle. Elle grelottait et gémissait
sous l’effet de la fièvre. Elle agrippait toujours le bâton gravé. Eärinya
abaissa la capuche du manteau, dévoilant une cascade de cheveux bruns,
mi-longs.
- Elle a trop chaud. Il faut lui enlever ce manteau qui l’étouffe.
Diagnostiqua Gauldoth.
Il découvrit une profonde entaille à l’épaule de la jeune femme.
- Elle est blessée ! S’écria-t-il.
- Je vais arranger ça avec ma magie. Dit gilgamesh.
- Non ! je sens une aura magique se dégager d’elle, dit Gauldoth, et je ne
crois pas qua ta magie aura un bon effet sur la sienne.
- Oh ! Très bien ! Faites ce que bon vous semble ! S’énerva Gilgamesh, puis
il leur tourna le dos, rageur.
Bargo prit dans son sac une bourse de cuir contenant des herbes, et il
soigna la plaie de l’elfe. "C’est étrange, pensa il, elle ne ressemble pas
vraiment à une elfe. Elle me ressemble."
Puis Gauldoth lui donna à boire. Elle parut sortir de l’inconscience.
- Je… non… Oedal, attention… Murmura-t-elle.
- Chut, dit Eärinya, ne gaspille pas tes forces.
- Mais… les squelettes… ils vont revenir…
- Non, calme toi.
Elle lui donna encore un peu d’eau et l’aida à s’asseoir. L’étrangère avait
des yeux d’un bleu sombre où se lisait en même temps une grande tristesse
et une profonde sagesse.
- Je… vous remercie… de m’avoir… aider…
- Qui est tu ? Demanda Gilgamesh qui avait rejoint le cercle entre-temps.
- Je… m’appelle... Thémis, expliqua-t-elle. Je voyageais vers le nord avec un
compagnon, quand des squelettes nous ont surpris sur le chemin. Il… il est
mort…
Puis elle s’arrêta dans son
récit, et baissa la tête.
- D’où viens tu ? Questionna Bargo.
- je… ne me souviens plus… je voyageais sans but précis…
- Tu es une elfe noire ? Demanda Willard qui n’avait rien dit depuis le
début et que la présence d’une autre elfe mettait mal à l’aise.
- Moi ? (Rires) Non ! Je suis une magicienne demie elfe. Et j’ai 950 ans, si
cela vous intéresse.
Elle se leva et reprit son manteau. Il était mouillé. Elle passa sa main
dessus, et des étincelles bleues crépitèrent au bout de ses doigts. En un
instant, elle le sécha. Gilgamesh émit un sifflement d’admiration.
- Pas mal, tu sais !
- Je ne sais pas où aller. Répondit-elle en remettant son manteau et se
cachant à nouveau le visage. Nous pourrions peut-être faire la route ensemble
?
Le nouveau groupe ainsi formé,
ils repartirent vers le nord.
- Où alliez-vous avant que je ne vous rejoigne ?
- Nous devions partir à la recherche d’Algeress, et puis, détruire un fléau,
le Grand-Mal, une malédiction qui touche la partie nord du pays. Lui
expliqua Gilgamesh.
Le visage de Thémis pâlit un instant, puis elle se reprit, en levant la
tête.
"Elle est courageuse, mais nous ne connaissons rien de sont passé. Je crois
qu’elle nous a menti. elle se souvient de son passé, je le sens." Pensa Gauldoth.
Thémis reprit :
- D’où provient ce Grand-Mal, et qui affecte-il ?
- Nous ne savons pas très bien, enchaîna Eärinya, mais Algeress est infecté
par cette malédiction.
- Qui est algeress ?
- Un nécromancien, c’est tout ce que je sais.
- Un très puissant nécromancien. Répondit Gauldoth, l’air grave, très
puissant. Il a beaucoup de généraux, et il afflue sans cesse de nouvelles
troupes de cadavres et squelettes en tout genres. Il possède aussi quelques
succubes mortellement dangereuses.
- Quels sont les généraux qui sont à son service ?
- Les seuls que je connaissent sont : un polymorphe, un certain Dorora aux
pouvoirs étonnants, et un nécromancien, Snakevenum, que je…euh… connaissais
personnellement, avant…euh… enfin… bon !
Il s’embrouilla et on le voyait visiblement troublé. Thémis n’osa pas
insister. Elle ressentait la force de cet être à demi vivant, et elle était
encore trop faible pour le moment, elle n’aurait pas eu le courage.
- un polymorphe ? C’est très rare ! J’ai hâte de me mesurer à lui ! Dit
elle, les yeux brillants de conquêtes, et une petite flamme rougeoyait au
bout de son bâton gravé.
- Ne te fais pas d’illusions ! Reprit Gauldoth, préventif. Je ne sais pas si
tout notre petit groupe pourra seulement le vaincre.
- Et toi ne te fais pas d’illusions sur l’étendue de mes pouvoirs, répliqua-t-elle, fugace. Je ne suis pas du genre à me laisser impressionner pas un
polymorphe ! Puis elle sourit. Oh ! Désolée, je m’emporte ! Je suis trop
nerveuse. Et les… euh… récents… événements m’ont fait oublier toute
politesse. Je m’excuse.
- Oui, je ne doute pas de tes pouvoirs, mais il n’attaquera pas seul ! Il
mettra toutes les chances de son côté ! Il est habile. Et si il nous
attaque, Snake ne restera pas là à le regarder !
Thémis garda la tête baissée et ils continuèrent leur marche. Plus ils
avançaient, plus l’herbe des prés se raréfiait, remplacée par une herbe fine
et grasse, imperméable au froid. Froid qui se faisait plus présent et le
vent leur mordait le visage. Il se mit vite à geler, et la marche se fit
plus lentement. Malgré tout, le groupe continuait, imperturbable et
inébranlable. Soudain, il se mit à neiger.
- Oh ! Non ! Grogna Gauldoth ! Nous n’arriverons jamais jusqu’au château d’Algeress !
Ils décidèrent de faire une
pause.
Gilgamesh, aidé de Pyro, fit fondre la neige, puis il fit évaporer l’eau qui
l’avait remplacée. Thémis sortit un léger carré de tissus, aussi grand que
la paume de sa main, fait dans une soie étrange, rouge. Elle chuchota : "eïlé meingë orlie" et le carré de tissus sembla un instant prendre feu.
Elle l’avait en fait agrandi. Il pouvait maintenant servir de tente et
abriter tout le groupe. Et il restait encore de la place.
Elle entra la première et, le lendemain, sortit aussi la première,
entièrement reposée. Son bâton luisait, comme si elle avait hâte de
combattre. La neige ne tombait plus. Tout le monde était sur pied. Ils
avaient l’air de bonne humeur, frais et dispos. Earinya se mit en quête
d’une source, pour remplir les besaces en peau de chèvre. Willard se
détendit, et entama une conversation avec Gilgamesh et Bargo, penchés au
dessus d’une carte. Ils n’avaient plus long à parcourir, encore trois jours
tout au plus, et ils furent d’autant plus d’attaque pour entamer une
nouvelle journée de marche.
Le jour déclinait lorsque le groupe s’arrêta.
- Il fait plus froid qu’hier ! Remarqua Gilgamesh.
- Ce n’est pas normal, nous avons pourtant parcouru plusieurs kilomètres.
Répondit Willard.
- C’est étrange ! Se contenta de remarquer Earinya avec un frisson.
- Je crois que l’on va rencontrer des difficultés plus tôt que prévu !
S’inquiéta Bargo.
- Et moi j’en suis sûre, les avertit Thémis.
- Et comment peux-tu en être sûre ? Demanda Earinya.
- Je… commença Thémis, mais un cri l’interrompit.
Un oiseau, qui ressemblait à un corbeau se posa sur l’épaule de la jeune
femme.
- A, te voila, toi ! Quelles nouvelles ? Demanda elle.
Et, à l’étonnement de Willard, Bargo et Earinya, l’oiseau leur parla, avec
une petite voix fine et légère :
- Des groupes. Ils sont beaucoup. Une vingtaine. Des orcs, et une dizaine de
squelettes.
- Des éclaireurs ! S’exclama Gauldoth.
Ils entendaient, au loin, les cris de rage des orcs et le grincement des os
des squelettes.
- Combien de groupes y a-t' il ? Demanda Bargo.
- Cinq.
- C’est beaucoup, pour des éclaireurs ! Ils doivent avoir une troupe
considérable !
- Attendons la nuit, ce sera plus facile. Dit Gauldoth.
Les autres acquiescèrent, et ils prirent des forces pour le soir.
- Ce soir, la nuit se teintera de noir, du sang des orcs ! Dit Thémis.
La nuit était déja presque là. Les aventuriers avaient cinq groupes
d'éclaireurs à éviter, ou à combattre, chacun exposa sa solution au
problème. Willard prit la parole en premier :
- Moi, je suis plus d'avis à les tuer! Cela sera certainement plus simple que
de les éviter !
- Je ne pense pas la même chose, à cent contre six ? Nous avons beau être
puissants, mais nous ne pouvons pas les vaincre, lanca Earynia.
-Je suis d'accord avec Earynia, ajouta Bargo. Cent contre six, le combat est
déjà déséquilibré d'autant plus que plus de la moitié d'entre eux son des
orcs, et je ne suis pas un guerrier exceptionnel non plus...
- hum, nous avons nous chances mais elles sont minces. Si nous échouons, je
ne sais pas ce qu'il peut arriver, s'inquiéta Thémis.
-Les avis sont partagés, je suis d'accord avec Willard, il sera certainement
plus facile de les vaincre, plutôt que de les éviter, mais nous ne pouvons
décider cela à la légère. Je ne sais quelle décision prendre...
La décision de Gauldoth allait déterminer si ils devraient ou non affronter
les éclaireurs. Tous le regardaient. Gauldoth, n'aimant pas du tout ces
regards, se retourna pour réfléchir. Ils se mirent tous à essayer de
persuader Gauldoth de prendre leur parti. Gauldoth s'énerva assez vite, se
retourna brusquement et dit :
- Taisez-vous donc ! J'essaye de voir quelle est la meilleure solution.
- Tu as une idée derrière la tête, explique toi donc, lui proposa Gilgamesh.
- Il y a cinq groupes d'éclaireurs, et nous sommes six. Chaque groupe à peut-être un chef, si nous arrivons à le vaincre, tout le groupe s'estimera
vaincu.
- Non, j'ai un mauvais pressentiment, dit Earynia, qui avait compris.
- Nous allons vaincre leurs chefs ! Il n'y a pas d'autre solution ! Nous serons
moins désavantagés à six contre cinq qu'a six contre cent.
- Certes, mais, comment faire pour n'avoir qu'a affronter leur chef, ? demanda Bargo.
- Il faut provoquer leur chef, les orcs ont mauvais caractère et
déciderons de se battre en duel contre vous.
- C'est tout, s'exclama Willard.
- Cela me semble un peu risqué, et on ne sait pas si il y a un chef par
groupe, ou si ils sont dirigés par une seule personne, déclara Thémis.
- Tu n'as peut-être pas tort, c'est l'avenir qui nous le dira.
- Nous avons mieux à faire que de discuter ! Il y aura un groupe de deux, qui
seront ensemble ? demanda Bargo.
- Tu seras avec Earynia, dit Gauldoth.
- Je crois que je vais faire seule, dit Thémis
- Tu est folle ? demanda Bargo, Gauldoth et Earinya, tu veux mourir ?
- Non, je ne suis ni folle, ni suicidaire, j'ai une idée.
Ils firent donc comme convenu. Bargo partit de son côté, suivi d’Earinya,
sur un chemin à gauche, Gauldoth, Gilgamesh et Willard partirent à droite,
et Thémis, restée seule, alla droit devant elle, ignorant les buissons
d’épineux qui s’accrochaient dans son manteau.
Bargo et Earinya avancèrent jusqu’à un buisson de genets, qui les cachaient
de leur gibiers. Les orcs étaient droit devant eux, à cent cinquante mètres
environ. Ils étaient vêtus d’une armure sombre, fait dans un métal mat.
Elles avaient l’air très solides. Vraiment très solides.
- Des berserkers. Ces orcs ont l’air bien entraînés. Ce n’est pas normal, Algeress ne fait pas cela pour le plaisir.
- Nous ne devons pas être les seuls dans le coin. S’inquiéta Earinya.
- Oui, il ne nous a pas préparé ce comité "d’accueil " exclusivement pour
nous. Dit Bargo.
Ils recherchèrent un point faible dans cette masse de formes hideuses. La
tâche était fastidieuse. Ils s’inquiétaient aussi du vent. Les orcs avai"nt un
bon odorat qui ne jouait pas en leur faveur.
- Maudits orcs, siffla Earinya. Qu’on en finisse !
- Hum… cela va être dur. Ils sont vingt trois, je crois. Et nous sommes deux
!
Earinya compta ses flèches.
- Je peux en tuer quinze, si toutes atteignent leur cible.
- Comptons douze.
Elle prit une flèche empennée de vert, une flèche fine et longue,
meurtrière. Elle arma son arc et tînt en joue un orc qui était loin d’elle.
Car plus elle toucherait loin, moins l’ennemi sera où elle se trouve. Le
trait partit et alla se planter dans la gorge, qui n’était pas protégée par
l’armure, et elle tua sa première cible.
Pendant ce court laps de temps, Bargo avait dégainé Filâme, sa belle épée
aux reflets bleutés, éclatants sur l’argent de la lame. La garde en bois de
ronce était gravée d’or, et elle était très maniable.
Earinya enchaînait les flèches et les morts à un rythme effrayant. Déjà sept
orcs étaient tombés sous la pluie de flèches de leur invisible assaillant.
Ils mirent du temps avant de retrouver leurs esprits. Ils se mirent en
position défensive. Earinya avait encore six flèches. Et, après, il faudra
se battre à l’épée. Cinq flèches encore, puis quatre, trois, deux, elle
n’avait maintenant plus qu’une seule flèche. Elle avisa alors un arbaletier
qui s’avançait dangereusement. Elle le mit en joue et le tua. Puis elle
dégaina deux poignards, qu’elle maintenait cachés avec une longue ceinture
de cuir enroulée autour de a poitrine. Les lames elfiques brillèrent dans
l’obscurité.
Bargo admira en silence le courage de l’elfe qui était à ses côtés. Elle
n’avait pas peur de la dizaine d’orcs restants, au contraire. Elle était
excitée de pouvoir tuer ces immondes créatures, autrefois si ressemblantes à
des elfes. Elle leur menait une guerre sans merci.
Bargo se jeta dans la bataille, mais il n’aimait pas beaucoup tuer. Il
pensait que beaucoup trop de sang avait été versé déjà, et en pure perte. Il
devait néanmoins préserver sa vie, et il était bien obligé de porter le
sang de ses ennemis sur ses mains. Il tua un premier orc, qui s’effondra
dans un râle de douleur. Les orcs étaient de bons combattants au corps à
corps, mais étaient extrêmement désorganisés.
- On s’en sort pas mal, dit Bargo, essoufflé, en embrochant un troisième orc.
- Oui, mais, il y a d’autres groupes ! Haleta Earinya.
- Je me demande où en sont les autres.
Il pensait à Gilgamesh, Gauldoth et Willard, et essaya de s’imaginer leur
bataille. Puis il fit de même avec Thémis, mais il n’y parvint pas. Il se
demanda ce qu’elle pouvait faire contre une bande d’orc comme ils venaient
de tuer. Sûrement pas le poids, se dis-il. Est-elle seulement encore vivante
?
Earinya, elle, n’avait même plus la force de penser. Elle s’allongea sur
l’herbe et s’endormit à moitié. Elle avait une entaille au bras droit, et
une estafilade sanglante sur la joue. Elle était couverte de poussière. Bargo se dit qu’il ne devait pas être dans un meilleur état qu’elle, mais au
moins lui pouvait rester debout. Il lui accorda une demi-heure de repos,
puis il l’obligea a se lever.
- Il reste d’autres groupes, on ne peut pas se permettre de traîner.
- Oui. ! Mais d’abord je vais récupérer mes flèches. Elles ne seront pas
toutes intactes.
Earinya chercha parmi les
cadavres ses précieuses flèches. Trois avaient la hampe brisée. Elle n’en retrouva que neuf.
Ils se remirent en route après avoir bu une gorgée à leur besace.
Pendant ce temps, le deuxième groupe, formé de Gauldoth, Gilgamesh et
Willard, tomba sur une troupe plus importante, formée de squelettes.
Cinquante, à peu près. Ils étaient assez loin d’eux.
Gilgamesh sélectionna dans sa tête un sortilège qui pourrait convenir à une
pareille marée. "Des boules de feu devrai"nt suffire. Cela les réduira en
cendres." Puis il se remémora les mots et les gestes. Rien de bien
compliqué.
Gauldoth, lui, se préparait à invoquer des squelettes, mais il ne devait pas
tirer sur ses forces, il y avait d’autres groupes.
Willard sortit une magnifique hache à double tranchant. Seamus. Ses
tranchants brillaient à la lumière pâle de la lune. Son manche est gravé de
runes naines. Elle avait l’air d’une solidité à toutes épreuves.
- Gauldoth, chuchota Gilgamesh, envoies tes squelettes pour les distraire le
temps que je leur envoies mes boules de feu.
- N’abîme pas les miens, je n’ai pas des forces illimitées !
- C’est quand vous voulez ! S’énerva Willard.
Gauldoth s’agenouilla, posa sa main sur le sol et se releva. Aussitôt une
vingtaine de squelettes vêtus de cottes de mailles dévorées par la rouille et
portant cimeterres et haches, s’avancèrent. Ils s’élancèrent sur les forces
de l’ennemi.
Gilgamesh joignit les mains, chuchota quelques mots, et orienta ses mains en
direction des squelettes adverses. Des myriades de boules de feu grosses
comme des oranges déferlèrent. Il réduit en poussière une dizaine de
squelettes.
Willard s’était élancé dans la bataille et tranchait des os à toutes volées.
Tibias, radius, mâchoires, et phalanges pleuvaient. Il devait bien
comptabiliser une douzaine de "morts " à lui tout seul.
Les squelettes de Gauldoth faisaient un carnage. Bientôt il ne resta plus
qu’une dizaine de squelettes adverses. Gilgamesh envoya une nouvelle rafale
de boules de feu, et se fut la fin du deuxième groupe d’éclaireurs.
- Beaucoup trop nombreux ! dit Gilgamesh. Ce ne sont pas que des éclaireurs
ou alors, ils ne venaient pas seulement pour nous !
- Nous ne sommes pas seuls. Pressentit Gauldoth.
- Il n’y en avait pas assez ! s’exclama Willard.
- Tu en verras d’autres ! L’avertit Gilgamesh.
- Oui, mais peut êtres pas ceux que l’on croit. Dit Gauldoth.
Puis ils repartirent, laissant derrière eux des montagnes d’os et quelques
questions sans réponses.
Thémis avait depuis longtemps remarqué que Pyro la suivait. Un dragon de
cette taille passait rarement inaperçu. "Il va me faire repérer ! pensa
elle." Elle décida d’appeler Pyro. Il se posa sur le sol.
- j’ai besoin de discrétion ! On te voit à des milles à la ronde ! Je n’ai
pas besoin de protection, retourne avec Gilgamesh. Sil te plait ! Tu veux me
faire tuer ?
Le dragon ne savait que faire. Mais il n’était pas là pour la faire tuer, et
il décida de retourner près de son maître.
Puis Thémis sortit une étoffe noire. Elle murmura quelques mots et l’oiseau
ressemblant à un corbeau vint se poser sur son épaule. Elle l’envoya très
haut, pour voir les groupes d’éclaireurs en approche.
- Un groupe important. quinze squelettes, et autant d’orcs.
- Dis moi où en sont les autres groupes.
L’oiseau repartit et revint bientôt.
- Ils on vaincus chacun un groupe. Ils ne sont pas blesser.
- Merci.
Puis elle le fit disparaître et rangea dans sa poche le morceau d’étoffe. Sa
vie reposait sur sa discrétion. Elle ne devait pas faire de faux pas, sous
peine de mort assurée.
Elle sortit une bourse en soie rouge, et en tira plusieurs pierres et perles
de différents calibres et couleurs. Elle choisit une perle noire et un petit
cristal rouge.
Le bout de son bâton était orné d’une cavité. Elle plaça la perle noire
dedans. Aussitôt les gravures du bâton se mirent à briller.
Thémis sourit. Ca avait l’air de marcher. Du bout de la perle toujours
accrochée au bâton, elle traça un cercle, assez grand pour la contenir
debout. Elle y prit place, sortit une autre bourse et y prit une poudre
fine, bleue comme la nuit. Elle saupoudra le pourtour du cercle en murmurant
des mots indistincts. Un mur dont la matière faisait pensé a du verre
apparut. Il était rond, comme le cercle. Un autre mot et il fondit, se
plaquant contre la jeune femme. Thémis était devenue invisible. "Bon, la
première étape a marchée. Faite qu’il en soit de même pour la deuxième !"
Elle remplaça la perle par la pierre au bout du bâton. Puis elle marcha jusqu’à entendre le groupe d’éclaireurs qui était près d’elle. Elle se mit
à courir. Quand elle ne fut qu’à dix mètres d’un orc, elle posa la pierre,
retenue par le bâton, au sol. Aussitôt, des lianes transparentes rampèrent
vers l’orc. Elles lui emprisonna les chevilles, et remontèrent, jusqu’à le
recouvrir entièrement. Les autres orcs n’avait encore rien vu.
Thémis sourit et ramena l’orc emprisonné par des liens transparents,
complètement hagard. Elle l’allongea loin des éclaireurs.
- Qui te commande ? demanda Thémis à l’orc. Où est ton chef ?
- …
- Répond !
Elle le menaça de son bâton.
-…
-Comme tu veux.
Thémis prit cette fois une perle rouge. Elle était énorme. Elle l’appliqua
sur son bâton puis sur la gorge de l’orc. La perle se mit à briller puis à
fumer. L’orc poussait des hurlements.
- Alors ?
- Algeress.
- Ca, je sais ! Mais ?
Elle pressa la perle incandescente un peu plus fort.
- Do… Dorora.
- le polymorphe ?
- O... oui.
- Merci !
Elle murmura un mot et il s’enflamma sous la chaleur de la perle. Elle avait
obtenu ce quelle voulait.
Puis elle ajusta un cristal transparent et se prépara à l’attaque du groupe
d’éclaireurs. Elle se rendit soudain compte q’elle n’était plus invisible.
La puissance dégagée par la perle rouge avait puisé dans ses forces vives.
Elle s’arrêta pour boire un peu et manger une lamelle de viande séchée.
Revigorée, elle courut jusqu’au camps des éclaireurs.
Là, elle invoqua la Lune, et envoya un puisant rayon contre les orcs. Elle
en tua trois sur le coup. Puis elle fit apparaître de sous son manteau une
dague en argent. Elle le maintenait à sa cuisse à l’aide de mailles
d’argent. Elle portait aussi aujourd’hui un bandeau d’argent surmonté d’une
pierre rouge finement ciselée.
Les squelettes réagirent plus vite que les orcs. Ils se jetèrent sur Thémis,
qui se dégagea en invoquant un vent particulièrement glacé. Elle invoqua
ensuite une tempête de sable. Huit orcs étaient tombés, et quatre
squelettes. Elle tua deux orcs avec sa dague et en réduits en cendres deux
autres. Le combat était inégal. Si elle s’en sortait, elle aurait de la
chance. Elle mit en pièces quatre autres squelettes, puis se décida. Elle ne
pourrait pas faire face à tout ce monde sans l’aide d’un sort puisant, trop
puisant à son goût, mais elle le devait.
Elle leva son bâton à l’horizontal, et cria des mots de signification
inconnue. Son bâton se mit à bleuir, et son corps prit l’aspect du métal,
de l’argent. Son visage, ses mains, étaient en argent. Il lui vint une force
énorme. Et en trois minutes, elle tua les derniers orcs et squelettes
vivants. Puis elle s’effondra, inconsciente, l’argent de son corps se mit à
fondre. Avant de perdre connaissance, Thémis su q’elle ne pourrait pas
combattre avant au moins une semaine. Elle était au bord de la mort.
Earinya et Bargo se mirent à la recherche d’un autre groupe. Mais ils
trouvèrent autre chose. Une immense flaque d’argent solidifiée, d’un
diamètre d’un demi kilomètre. Au centre se trouvait la dépouille d’une bonne
trentaine d’orcs et squelettes. Ils entouraient une jeune femme qu’Earinya
reconnu comme étant Thémis, l’étrange demie elfe qui les avaient rejoint.
- Elle est morte ! s’écria Bargo.
Mais aussi tenue soit-elle, la respiration de la jeune femme se faisait
entendre dans le silence du champ de bataille.
- Elle n’est pas blessée, mais on dirait qu’elle est proche de mourir !
- D’où vient tout cet argent ? demanda Earinya.
- Je ne sais pas. Viens, retrouvons Gilgamesh, Gauldoth et Willard. Il y a
bien quelqu’un qui saura ce qui s’est passé.
Ils portèrent Thémis vers le nord ouest. La, ils trouvèrent Pyro, qui
prévient Gilgamesh.
- Je ne sais pas, dit ce dernier. Je ne peux faire que des suppositions. Une
mare d’argent, vous dites ?
- Je crois qu’elle est trop faible pour mener un combat. Nous verrons après
pour les derniers éclaireurs.
Le soleil commençait à peine à se lever. La nuit fut mémorable à tout le
monde.
Une troupe d’éclaireurs revenait du champ de bataille scellé dans l’argent.
Ils avaient découvert les trois massacres, et repartaient maintenant faire
leur rapport a Dorora.
Ce dernier serra les poings. Un seul des trois groupes était au porte du
château, et ils avait déjà à essuyer des pertes considérables. Il redoutait
les autres groupes à l’avance, sentant qu’ils étaient du même courage et de
la même détermination de vaincre Algeress.
Il se préparait à faire un rapport catastrophique à Algeress. Ils lutaient à
armes égales
Il restait deux groupes
d’éclaireurs. Eärinya, Bargo, Willard, Gilgamesh décidèrent de combattre
sans se séparer. Ils allongèrent Thémis encore inconsciente sous un arbre
veillé par Pyro.
- Où se situe les derniers groupes ? demanda Gilgamesh a Gauldoth, penché
sur une carte.
- Si je me réfère à mes calculs, répondit-il en faisant des marques sur la
carte, nous avons déjà vaincu deux groupes au nord-est, un groupe à l’est et
au nord-ouest. Si je prends en compte la position du château d’Algeress,
nous sommes à peu près ici, et les groupes… là et… là.
- En est tu sûr ?
- Hé bien … à peu près.
- Bon, alors allons y !
Ils se remirent en marche et arrivèrent vite au point supposé d’un des
groupes. Les calculs de Gauldoth s’avérèrent exacts, à ce détail près que
les deux groupes étaient réunis au même point. Sûrement avaient-ils eu vent
du massacre de leurs congénères. Il n’y avait plus que des orcs et ils
avaient l’air légèrement inquiets, une expression rare chez les orcs.
- Alors ? Je vous attends, grogna Willard, qui trépignait d’impatience, aux
autres qui prenaient tout leur temps.
- Nous avons tout notre temps, ils ne partiront pas tout de suite, je peux te
le jurer, répondit Eärinya avec une pointe d’énervement dans la voix.
- Et alors ? Le plus tôt sera le mieux, non ?
- Non, intervint Gilgamesh, il faut qu’ils commencent à s’inquiéter de ne
pas nous voir arriver, ils seront plus faibles au combat.
L’attente ne fut pas très longue. Près de deux heures après l’intervention
de Willard, ils décidèrent que les orcs étaient à point. Eärinya encocha une
flèche. Willard dégaina sa hache et Bargo son épée. Gilgamesh prit une
grande inspiration et commença à lancer un sort. Gauldoth invoqua une
trentaine de squelettes et les tînt près à attaquer.
- A toi l’honneur, Eärinya, murmura Bargo.
Eärinya tira sa première flèche qui atteint un orc à la gorge. Ces
congénères le regardèrent tomber avec stupeur. Gilgamesh finit entre-temps
son sort, qu’il envoya vers les orcs. Dix flèches de feu partirent de ses
doigts pour en brûler vif quelques uns. Willard sortit des buissons et fit
voler quelques têtes. Les squelettes de Gauldoth étaient déjà partis dans la
bataille. Bargo contempla sa lame un instant, soupira et fit face à un orc
énorme.
La bataille ne dura que peu de temps. Les orcs n’étaient pas très
résistants, ce qui déplut a Willard.
- J’en ai vu qui se battaient bien mieux que ça, grommela-il, assis sur un
rocher pour essuyer sa hache couverte du sang. On ne dirait pas des orcs…
- Et que voudrais-tu que ça soit ? Bien sûr que c’était des orcs, dit en
riant Gilgamesh. Mais c’est vrai, on aurait dit qu’ils ne s’attendaient pas
à
nous. Ou plutôt, qu’ils ne nous attendaient plus…
- Ils nous croyez peut-être morts, suggéra Bargo
- Non, je dirais plutôt qu’ils nous croyaient occupés, lui répondit Gilgamesh,
songeur.
- Et c’est bien normal, lança une voix qui arrivait du chemin, les ennuis
continuent !
- Thémis ? Tu es réveillée ? De quels ennuis parles-tu ?
La jeune femme en manteau rouge s’assit sur une pierre. Elle avait remit sa
capuche, et son expression était masquée par le tissu rouge. Pyro la suivait
en volant.
- Oh oui ! On n’a pas fini, haleta elle, Vous savez ce que j’ai vu, pendant
que vous affrontiez les orcs ? Un dragon noir. Il arrive. Il est énorme. Et
je crois que c’est à nous qu’il en veut.
- Il doit appartenir à Algeress. Je ne sais pas d’où il peut venir, répondit
Gilgamesh, qui était le plus instruit en matière de dragons. Est il loin ?
- Assez loin, oui, c’est Ænor qu’il l’a vu, affirma-t-elle en désignant son
corbeau, mais j’imagine qu’un dragon vole vite.
L’affrontement avec le dragon noir semblait inévitable. Ils décidèrent donc
de l’attendre.
Du coté d’algeress
Du haut de sa tour, on entendait Algeress hurler de rage.
- Tout mes éclaireurs morts ! Incapables ! Par cinq imbéciles ! C’est
ridicule ! Quelle honte !
Un messager était en effet arrivé pour annoncer les dernières catastrophes.
L’archimage était furieux. L’expression des traits émaciés d’Algeress se
modifia, passant de la colère à l’étonnement, puis à la satisfaction.
- Oh mais ils vont avoir une surprise. Une belle surprise. Voyons voir ce
qu’ils peuvent faire contre Naudhizz. Elle commence à se faire un peu
vieille, mais elle est dévastatrice.
Algeress monta au sommet de la tour principale du château, et il souffla
dans un cor d’argent. Un battement d’ailes furieux lui répondit, et un
énorme dragon noir lui fit face en vol stationnaire.
- Va donc occuper un peu nos amis, Naudhizz, je suis sur qu’ils seront ravi
de te voir !
La dragonne partit sans attendre vers le sud où elle était sûre de voir la
compagnie qui l’intéressait.