(Auteur : Liu Bei)
Le combat entre la
Louve, Boubou, Brehan, Format, Troll, Flagg (le dragon), avec l’aide des
villageois et les bandits lancés à l’assaut, fut très inégal.
Ceux-ci, bien qu’organisés, s’attendaient à tomber
sur un village mal défendu et non sur cinq guerriers très entraînés et un
dragon. Si bien qu’en une heure tout fût réglé et que les assaillants
retournèrent précipitamment dans la forêt, abandonnant sur place leurs
morts.
Après s’être assurés
que le village pourrait désormais se défendre seul, nos cinq amis
continuèrent leur chemin en s’enfonçant profondément dans la forêt.
Celle-ci était franchement avenante : de hauts arbres
s’élevant majestueusement vers le ciel mais pas trop rapprochés les uns des
autres de sorte que les rayons du soleil arrivaient aisément jusqu’au sol et
permettait à une végétation luxuriante de s’épanouir.
Le tableau était tellement idyllique que personne ne ressentait un quelconque danger.
Le réveil fût d’autant plus brutal quand ils entendirent une voix de femme crier sur leur gauche.
Evidement les premiers à réagir furent Brehan et Format. N’écoutant que leur courage (et surtout pensant déjà à la belle qu’il faudrait consoler de tant d’émotions) ils se précipitèrent, suivis de prêt par Boubou et Troll, qui se fichaient totalement de la donzelle mais ne voulaient pas être en reste question combat, et par Louve, plus circonspecte.
Ce fut d’ailleurs elle qui sentit venir le danger et dévia avec une rapidité impressionnante une flèche qui allait l’atteindre.
- Prenez garde, c’est un piège !
L’avertissement vint trop tard pour Brehan qui
s’écroula mais pas pour Format, Boubou et Troll qui se jetèrent à terre . .
. pour aussitôt se relever afin de parer à l’attaque de leurs assaillants
qui leur tombaient dessus.
Deux d’entre eux s’écroulèrent instantanément sous
les coups des guerriers tandis que chacun des quatre autres se choisit un
adversaire et le combat commença alors réellement.
De longues minutes plus tard il durait toujours, personne ne semblant vraiment prendre l’avantage sur l’autre.
-Stop ! Arrêtez le combat vite !
La phrase ne venait pas d’un combattant mais d’un
homme resté à l’écart, dans l’ombre.
- Veuillez excuser cette mascarade mes seigneurs ! Tout ne s’est pas exactement déroulé comme prévu.
Le personnage s’approcha laissant apparaître son
visage à la lumière du jour. Il y eut à ce moment un silence d’étonnement
parmi la petite troupe. Non point qu’il fut particulièrement disgracieux ou
que son apparence laisse à penser à une créature maléfique. Il était habillé
de façon élégante, avec des étoffes précieuses inconnues de nos régions
remarqua instantanément Louve. Ce qui laissa réellement pantois la compagnie
fut son teint différent du leur, dont on aurait dit qu’il avait pris la
couleur du blé et ses yeux bridés pareil à ceux des lynx. Boubou fut le
premier à se ressaisir :
- Infâme brigand ! Que signifie ce champ de bataille ? Et comment se fait il que les bouts de vos flèches ne soient pas pointues mais rondes, comme pour nous assommer ? Tu avais reçu l’ordre de nous capturer vivants sans doute ?
- Non ce n’est pas cela du tout, mais rangez donc vos armes et suivez-nous jusqu'à notre campement, nous discuterons de tout cela autour d’un feu car il commence à faire nuit noire.
- Pour ce qui est de nos armes n’y compte pas trop, dieu sait de qu’elle fourberie vous êtes encore capables. Concernant votre campement, nous prends-tu pour des simples d’esprit ? Tu nous emmènerais sûrement dans un nouveau piège.
Sur un signe de leur chef tous les bandits jetèrent
leurs armes à terre.
- Moi-même je n’en porte pas en ce moment. Vous
pouvez réellement me faire confiance voyez-vous !
Après un rapide conciliabule, il fut décidé de suivre
l’étrange personnage. Arrivé au campement Brehan se réveilla enfin. On lui
expliqua rapidement la situation.
- Quoi !! Un piège ! Mais alors . . . la femme ?!? Il n’y en a pas ? Oh non ...
- Au fait c’est vrai ! S’exclama Format. Les cris étaient bien réels pourtant il n’y à pas de femme parmi vous ?!?
- Oh mon dieu, j’ai complètement oublié de vous la présenter, voilà pourquoi elle me fait la tête depuis tout à l’heure.
Le chef de la bande plongea à ce moment sa main dans sa tunique et en sortit un petit être que de loin on aurait pris pour un papillon mais en s’approchant on voyait se dessiner les traits d’une toute petite femme affublée de deux étranges ailes qui semblaient luire dans l’obscurité.
- Je vous présente Deedlit. Je l’ai rencontrée quand j’ai débarqué dans votre contrée et depuis on ne se quitte plus.
Louve intervint :
- Je connais
parfaitement la nature et il me semble certain qu’une fée ne peut s’associer
à un homme mauvais. Mais pourquoi dès lors cette attaque ? Il serait temps
de nous expliquer à présent vous ne croyez pas ?
- Vous avez entièrement raison. Tout d’abord laisser
moi me présenter : mon nom est Liu Bei. Je viens d’une région très éloignée
de la votre et dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler : Shilin,
la forêt de pierres.
Adolescent je suis parti à la recherche d’un maître
pour devenir un Whu Shi, l’équivalent de vos chevalier. Malheureusement
celui-ci était vieux et est mort avant d’avoir finit son enseignement. Je
n’avais dès lors d’autre choix que de rentrer chez moi ou subsister par mes
propres moyen. Grâce à l’entraînement que j’avais suivis j’en savais assez
pour suivre cette voie et devenir mercenaire. De contrat en contrat je suis
arrivé ici et c’est ainsi qu’il y a quelques jours je vous ai croisé dans un
village. J’ai cru comprendre que vous voyagiez pas mal et affrontiez de
multiple danger. Je me suis dit qu’il y avait de l’argent à se faire ne
fut-ce que sur la forme d’un pourcentage sur les butins amassés. C’est
pourquoi j’ai monté ce traquenard. J’espérais vous vaincre en peu de temps
et vous prouver ainsi ma valeur. Malheureusement je vous avais sous-estimez
mais rassurez-vous je commets rarement deux fois la même erreur. Voilà vous
savez tout, qu’en pensez-vous ?
Troll s’exprima :
- C’est hors de question, crois-tu que nous ayons vraiment besoin d’un incapable ?
A ces mots il se retrouva à terre.
- Je te l’ai déjà dit je vous ai sous-estimé mais crois-moi question combat j’ai peu à vous envier !
Se dirigeant d’un air menaçant vers lui, Troll lui
lança :
- N’importe qui est capable de faire ça en attaquant par surprise, je vais t’écraser comme un moucheron.
Louve l’arrêta :
- Ca suffit pour aujourd’hui les batailles. Troll à raison nous n’avons pas besoin d’un mercenaire.
- D’accord, je voulais juste essayer mais je vous avoue que j’en ai assez de cette vie de mercenaire. Nous accepteriez vous Deedlit et moi simplement comme compagnons ? Je vous promets que nous pouvons vous rendre bien des services.
- Pourquoi pas, ça me
plairait d’avoir une fée comme compagne. Dit Louve.
- Nous sommes partant à condition que tu réussisses
l’épreuve d’entrée. Prévint Boubou.
- Une épreuve d’entrée ? Je veux bien essayer ! En quoi consiste t’elle ?
- C’est très facile ! Buvez autant que moi et vous êtes acceptés.
- Mais . . . boire autant qu’un nain c’est impossible !
- Mmm . . . je commence à vous apprécier vous ! Vous avez raison on va faire beaucoup plus simple ! Il vous faut juste boire autant que Format et Brehan. Si avec ça vous ne parvenez pas à faire partie de notre compagnie c’est que vous n’en êtes vraiment pas digne.
- C’est d’accord ! J’ai justement amené avec moi une réserve d’un alcool de chez moi que vous allez apprécier : le saké.
Nul doute qu’avec des liqueurs de la région ou même
de la bière, Brehan et Format en seraient venu à bout mais l’asiatique était
assez habitué à cet alcool pour pouvoir les battre. Si bien qu’ils fêtèrent
dignement l’entrée de deux nouveaux membres parmi eux et c’est l’esprit
encore embrumé qu’ils s’endormirent autour du feu.
Au contraire de Boubou qui était frais comme une rose, Troll, Format et Liu avaient eu du mal à se lever ce matin là en raison de la cuite qu’ils avaient pris la veille.
Ce fut Brehan qui,
d’un coup de pied dans les côtes, se chargea de les réveiller. Il n’avait
pas encore digéré l’énorme œil au beurre noir que lui avait causé la flèche
ni surtout l’absence de femme à sauver et avait donc refusé de trinquer.
Quelques instants plus tard, ils avaient repris la route à travers la forêt
toujours aussi belle en cette fin de printemps.
Au soir du deuxième jour de marche, au moment où ils
allaient monter leur campement, Louve distingua des lumières qui
s’allumaient au loin.
- Sûrement un campement de bûcherons ou alors c’est
la maison d’un druide auquel cas il serait bon d’aller le voir et de prier
les esprits de la foret.
- Louve tu sais bien que nous les nains ne croyons
pas en ces fadaises. Tout cela n’est que superstitions et compagnie.
Enfin…si toi tu y crois, allons-y avant qu’on ne voie plus rien, la nuit
sera sans lune.
En s’approchant, ils devinaient les formes d’une
battisse qui leur semblait de plus en plus grande. Arrivé à une cinquantaine
de mètres il ne subsistait aucun doute sur la nature du bâtiment : un
monastère.
- Par tous mes ancêtres! Que fiche un monastère en
pleine forêt, à des lieues de tout village ? Jura Boubou.
- En tout cas moi ça m’arrange. Dit Liu. Ca doit bien faire des semaines que je n’ai pas dormi dans un lit douillet. On va leurs demander l’hospitalité ?
Louve toqua. Aucune réponse. Elle réessaya. Toujours
rien.
- Attends, laisse moi faire !
Troll frappa de toutes ses forces. L’énorme porte en chêne sembla hésiter à tomber à terre mais finalement tint bon sur ses gongs. Il y eut enfin des bruits de pas.
- Qu’est-ce que c’est
? Demande une voix sèche derrière la porte.
- Voilà, nous sommes des voyageurs et nous avons
pensé que peut-être vous pourriez…
- Passez votre chemin !
- Euh non pas exactement, plutôt nous héberger pour la nuit.
- Non, je vous ai dit de passer votre chemin !
- Attends mon frère, laisse moi les voir. Dit une deuxième voix beaucoup plus douce.
Un petit carré s’ouvrit dans la porte. Un moine
regardait dedans.
- Mmm, vous ne me semblez pas être des bandits.
Combien êtes vous ?
- Et bien en comptant Deedlit ça nous en fait euh…
un, deux, trois, quatre, cinq… ben en fait on est six.
- On devrait pouvoir vous loger pour cette nuit, entrez.
Des bruits de loquets qu’on tire, une clé qui tourne
dans la serrure et enfin la porte qui s’ouvre.
- Je me nomme frère Hans. Veuillez excuser l’accueil peu chaleureux du frère Franz mais depuis quelque temps nous sommes fort préoccupés.
- Ah oui ? Pourquoi cela ? S’inquiéta Format.
- Hem … Suivez moi je vais vous montrer vos chambres. Vous pourrez ainsi vous mettre à l’aise.
Ils suivirent Hans
dans le jardin intérieur qui, par quelques vestiges de salades et de
groseilliers leurs laissaient penser qu’il devait s’agir autrefois d’un
potager mais à vrai dire il n’en restait pas grand chose.
Ils pénétrèrent dans une vaste salle fort délabrée
remplie de cuves, de fûts, de tonneaux,…
- Non ?!? Ne me dites pas que vous êtes des moines trappistes ? Se réjouit Boubou qui s’en pourléchait déjà les babines.
- En effet mais ne vous emballez pas trop vite. Même s’il nous reste une petite réserve, cela fait des mois que nous avons arrêté la production. Je crains fort qu’il n’y ait plus grand chose en état de marche. Venez vos chambres sont tout près.
Après un long couloir,
une série de portes se dessina sur leur gauche.
- Voilà les appartements destinés aux voyageurs de
passage. Pardonner la poussière mais nous recevons très peu de visiteurs.
Installez-vous à votre aise. Si vous désirez manger, il vous suffira de
venir dans le réfectoire qui se trouve à coté de la distillerie une fois que
vous entendrez la cloche sonner.
Le moine les quitta.
- Eh bien, pas
franchement accueillants les moines dans votre région. Chez nous c’est un
devoir pour eux d’aider son prochain. Dit Liu.
- Chez nous aussi bien sur. J’aimerai bien découvrir
ce qui les préoccupe à ce point. » lui rétorqua Brehan.
La cloche sonna à se moment. Ils gagnèrent donc le réfectoire, affamés par une journée de marche.
Le monastère était
composé d’une vingtaine de moines et de quelques frères convers qui
s’occupaient du service. Tous avaient la mine sombre. Après la prière, ils
s’assirent et mangèrent en silence dans une atmosphère très pesante.
- Que se passe t’il ? Vous avez fait vœux de silence
? Demanda Louve qui s’était assise à côté de Hans.
- Non cela n’a rien à voir. La suspicion règne parmi nous depuis les événements.
- De quoi parlez vous ?
- Non, je ne peux rien vous dire !
- Ecoutez, nous sommes extérieurs au monastère, nous pouvons sûrement vous aider.
- Vous avez raison
mais pas ici. Attendez moi dans votre chambre après le dîner.
Le reste du repas se déroula dans un silence
oppressant. Quand ils regagnèrent avec soulagement leurs chambres, Louve
leur expliqua la situation.
Ils entendirent quelques moines se diriger vers leurs
chambre puis le silence.
Une heure plus tard, quelqu’un toqua faiblement à la
porte et Hans entra.
- J’ai préféré attendre que mes frères soient
endormis.
Et il commença son récit :
- Tout à commencé il y a quelques mois par des petits chapardages : un peu de nourriture qui disparaissait, la quantité de bière qui diminuait. Pas grand chose de grave mais le père supérieur nous à quand même fait un sermon pour que ça ne se reproduise pas. A vrai dire, ça à eu l’air de bien fonctionner puisqu’il ne s’est plus rien passé pendant une semaine. Seulement après, les évènements ont repris de plus belle : potager retourné, système hydraulique pour la fabrication des bières saboté.
L’indignation de
Boubou à ces mots se fit fortement ressentir. Le moine continua :
- A ce moment nous avons cru à quelqu’un venu de
l’extérieur du monastère. Nous avons donc barricadé les portes le soir et
renforcé les fenêtres. Mais cela n’a pas suffit, c’est même devenu pire. Il
a commencé à s’en prendre aux objets de culte : nous avons retrouvé la
chapelle dans un désordre pas possible, chaise renversée, statues jetées à
terre et surtout l’autel maculé de sang. Et il y a une semaine le pire est
arrivé. Un de nos frère manquait à la prière du matin. Nous nous sommes mit
à sa recherche, il a été découvert dans le réfectoire, les bras en croix lui
aussi maculé de sang. Ce qui m’a surtout marqué c’était la terreur qu’on
pouvait lire dans son visage. On aurait dit qu’il avait vu un démon avant de
mourir.
Le pauvre moine en tremblait encore en prononçant ces
paroles :
- Avez-vous remarqué si ces évènements se déroulait à des périodes particulières ? Je ne sais pas moi… lors de pleine lune par exemple ?
Demanda Louve :
- Vous pensez à un garou n’est ce pas ? Non, j’ai vérifié et la seule chose qu’ils ont en commun c’est de s’être produit la nuit, pendant que tout le monde était sensé dormir. Je vais vous laisser à présent, quelqu’un pourrait nous surprendre et je n’y tiens pas !
- Eh bien nous voilà dans une bien étrange affaire. En tout cas comptez sur moi pour fermer ma porte à clé cette nuit. Dit Brehan.
Ils gagnèrent alors tous leur chambre en se demandant
quel homme pouvait risquer ainsi la colère des dieux en s’attaquant à un
monastère