Le départ du second groupe
(Auteur : Haper )
La
troupe de Brehan venait de partir nous laissant seuls dans la salle du
conseil. Dans cette salle trop grande maintenant résonnait la tristesse.
Quelques tapisseries restaient encore aux murs, brodées par la Duchesse Lady
qui maîtrisait maintenant totalement cet art. Pour ces fidèles compagnons,
n’avait-elle pas brodé les lettres de leurs noms enlacées sur des motifs
rappelant leurs personnalités. Derrière le trône du Duc de Bixbon une
tenture faite par la Duchesse représentait ses armes : un écu écartelé, au
premier et au quatrième d'argent à la croix pattée et alésée de gueules, au
deuxième et au troisième de gueules à la tour donjonnée de deux pièces
d'argent, ouverte, ajourée et maçonnée de sable.
Deika ramassa un jouet d’enfant, un hochet sans doute, et le mit discrètement sous sa tunique près de son cœur, non sans avoir du revers de la main essuyé discrètement une larme qui coulait sur sa joue. La Duchesse venait d’avoir deux petits enfants qui maintenant seraient sans doute la proie du malin afin d’anéantir totalement la lignée du Duc. La troupe feignit de ne rien voir.
Deika terminait son noviciat de druide, rare pour une femme, sous la conduite d’un grand maître venu de la Celtie voisine. Brest-Iroise avec sa grande barbe blanche, était toujours vêtu d’une grande toge blanche, surmontée d’une cape rouge dont il semblait tirer toute sa puissance. C’était un très vieux Druide d’une grande sagesse et d’un grand savoir. Il était en totale communion avec la nature, sur laquelle il pouvait déchaîner le vent en tempête, déclencher de terribles orages. Dans son pays natal, pour faire fuir les vilains garnements, il faisait tonner l’air sans que l’on puisse voir le moindre éclair. Ces garnements qui en redemandait l’avaient surnommé TONNE-AIR (*). S’en était devenu un jeu.
Il parlait souvent aux animaux, dont son Hibou fétiche l’accompagnait souvent, installé sur son épaule. Il pouvait l’envoyer à plusieurs lieues à la ronde, le Hibou lui faisait son rapport au retour.
Il avait enseigné à
Deika, toute sa connaissance sur les plantes. Elle connaissait les
substances qui guérissaient divers maux; elle confectionnait des emplâtres
guérissant les plaies. Elle avait mis au point un breuvage de couleur
jaunâtre à partir d’une décoction de plantes aromatiques macérées dans un
alcool fort qui soignait les maux d’estomacs les lendemains de ripaille à la
Miche du Nain. Puisse ce breuvage traverser les siècles. Elle avait initié
également un jeune Epervier qui nous sera fort utile par la suite.
La science des plantes, racines et divers tubercules
n’avait plus de secret pour Deika.
Deady :
- Bon il est temps d’y aller, Bréhan et sa troupe sont déjà loin maintenant .
Personne ne dit mot. Le fait de quitter ce château
dernier lieu en sécurité, nous exposait maintenant à l’affût du malin. La
troupe composée de Deika, Sniper, Furet, Deady, Myriam, Ylthanis et Haper,
quitta le Château du Duc de Bixbon avec l’angoisse que l’aventure qui nous
attendait ne serait pas de tout repos. Chacun savait que la mort pouvait
nous emporter et que pour certains d’entre nous, demain ne serait peut-être
jamais.
Puisse le Puissant nous venir en aide !
(*) blague pas simple pour les belges et les suisses
Le groupe contourna le Château par l’ouest. Des cadavres de soldats de l’armée du Duc gisaient çà et là. La mort pour la plupart les avait figés dans des positions horribles. Les corps étaient tordus par la douleur, les doigts des mains presque enfoncés en terre comme s’ils voulaient se retenir. Mais se retenir de quoi ? Les visages étaient défigurés non par des blessures mais par la souffrance; une souffrance indicible qu’ils avaient dûe subir avant leur mort. Aucune trace de blessure par les armes n’était apparente, aucune trace de sang.
Furet :
- Qu’est-ce qui leur est arrivé ?
Deady :
- Je sens le mal planer au-dessus et autour de nous. Restons sur nos gardes !
Ylthanis :
- Deika, envoie ton Epervier, voir ce qui passe aux alentours !
Deady :
- Non, il va se faire massacrer !
Sniper :
- Je prépare des fioles de...
Deady :
- Non, tu vas nous massacrer !
Des corbeaux de plus
en plus nombreux volaient au-dessus de nous. Certains déjà s’acharnaient
depuis de longues heures sur les cadavres. Ils commençaient toujours par les
yeux qu’ils arrachaient de leur bec pointu et acéré. Pour eux c’était un met
de choix. Ils cherchaient et s’acharnaient ensuite sur les parties molles,
soit la langue soit les cartilages du nez dont ils déchiraient les chairs.
Ils atteignaient ensuite le cerveau par les orbites ou les fosses nasales,
la tête complètement rentrée dans le crâne ressortant avec un lambeau de
cerveau qu’il gobait rapidement avant de replonger. La tête du cadavre était
parcourue de soubresauts et se soulevait parfois. C’était un spectacle
répugnant, et Deika prise de nausée ne pu se retenir.
Haper de son épée trancha la tête d’un corbeau dont
la tête resta dans celle d'un cadavre. Le reste du corps du corbeau encore
innervé, parti en tout sens, parcourant une dizaine de mètres avant de
s’arrêter.
Haper ne pu s’empêcher de rire, ce qui ne rassura pas
le reste du groupe.
Le groupe arriva près
d’un cimetière dont toutes les tombes étaient ouvertes. Soudain des
morts-vivants arrivèrent de tout coté. Ylthanis avait déjà envoyé une volée
de flèches qui faisaient mouche à tout coup, Haper et Furet de leurs épées
les transperçaient et les terrassaient sans trop de mal.
Deady envoyait de la paume de ses mains des boules de
feu. Myriam, dont le sang froid faisait merveille dans ce genre de
circonstance, découvrit l’endroit, un mausolée, d’où sortaient tous ces
morts vivants.
Soudain Furet s’enfuit précipitamment suivi de
Ylthanis. Furet en arrivant au niveau de Haper dit :
- y’a Sniper qui…
Pas la peine d’entendre la suite. Le sauve qui peut
était la règle. C’était la débandade la plus totale. Haper se rappela
soudain les mots de La Louve « Haper enlève ton armure… », pour une fois il
était bien d’accord avec elle, il aurait pu courir plus vite. Tout en
courant nous attendions l’explosion qui vint enfin. Ce n’était pas à
proprement parler une explosion mais plutôt une déflagration qui fit
trembler le sol et coucher les arbres.
Haper fut rattrapé par le souffle et fit un vol plané
de plusieurs mètres avant de se retrouver assis et en total hébétude au
milieu d’une marre de boue. Myriam le rejoignit et atterrit la tête la
première. La chaleur de l’explosion n’avait pas de prise sur son humeur
habituelle. Suivi Sniper, mais lui passa au dessus de nos têtes, bien au
dessus de nos têtes. Il était comme assis dans l’air, à l’envers par rapport
au sens de la marche, en caleçon, ne comprenant pas ce qui lui arrivait.
Quelques poulets qui picoraient près de cimetière talonnaient de peu Sniper,
en un vol désordonné poussant des cris qu’on ne leur connaissait jusqu’ à
lors. A part un peut-être, qui, cou tendu, ailes bien déployées, pattes
rentrées, bien profilé pour une meilleure pénétration dans l’air semblaient
trouvé plaisir à cette envolée magistrale. Pour une fois et sans doute la
dernière ce trop jeune poulet volait.
Myriam et Deika étaient particulièrement très remontées contre ce Sniper de malheur. Haper sortit son épée à deux mains et rien ne semblait l’arrêter, tellement la rage de le mettre en pièce était grande. Mais Sniper était pour l’instant introuvable. L’heureux homme.
Il fallut attendre quelques minutes encore pour que la poussière se dissipe et voir les dégâts occasionnés par maître Sniper : un cratère de vingt mètres de large et trois mètres de profondeur et plus mausolée ni de cimetière, ni de morts vivants. Plus rien de rien. Seul le silence était revenu.